VOILE, AFFICHES ET POLEMIQUES FRANCAISES



L’ONG La Croix Rouge subit actuellement une campagne de dénigrements pour avoir inclus une femme portant un hijab dans une affiche de prévention contre les risques de la canicule.


Sur une des ses affiches pédagogiques de prévention contre les dangers de la canicule, alors que la France connaît depuis plusieurs jours une forte vague de chaleur, on voit trois pictogrammes de personnes adopter les gestes nécessaires contre les risques d’insolation ou de déshydratation.



Une femme voilée buvant de l’eau, une autre femme sous une ombrelle et un homme prenant du repos. « Ensemble, adoptons les bons réflexes afin de se protéger et protéger nos proches pendant la canicule », annonce le slogan de l’affiche.


Cette publication sur Twitter a tout de suite déclenché une avalanche de réactions hostiles contre l’ONG.

Valérie Boyer, sénatrice Les Républicains (droite) des Bouches-du-Rhône, a posté sur Twitter : « Au-delà des « bons réflexes » que nous devons rappeler, est-ce que la Croix-Rouge est obligée de participer à cette forme de « promotion » du voile ? »


L’avocat Gilbert Collard, président d’honneur de Reconquête !, le parti d’Éric Zemmour (extrême droite), a indiqué pour sa part : « Dans sa pédagogie sur la canicule, la Croix-Rouge met en scène le voile islamique : ça jette une ombre sur la liberté des femmes ! »


La journaliste Gabrielle Cluzel (Boulevard Voltaire, Famille chrétienne, CNews, etc.) a dit : « Caser un voile islamique sur un sujet de santé complètement anodin… dire que les Turcs avaient lancé le Croissant rouge parce qu’ils jugeaient le symbole de la Croix-Rouge chrétien... »


La Croix-Rouge a réagi à cette campagne de critiques, expliquant à CNews que l’affiche incriminée était « issue d’une série de publications mise à disposition dans le cadre d’une campagne mondiale de notre Fédération internationale, destinée à tous les pays et représentant la diversité des populations et l’inconditionnalité d’accompagnement de toutes et tous et en particulier des plus vulnérables ». « La Croix-Rouge française, à travers ses principes fondateurs d’humanité, d’universalité et d'impartialité, s'attache à protéger toutes les personnes qui en ont besoin sans distinction de nationalité, de sexe, d’âge, de religion, de condition sociale et d’appartenance politique », a affirmé l’ONG, déplorant la « violence des commentaires et des appels à la haine », et assurant que la Croix-Rouge ne faisait pas « de prosélytisme, ni de politique ».


Ce n’est pas la première fois que la toile s’agite pour une affiche :

Rappelez vous :


LE 2 NOVEMBRE 2021


Le Conseil de l’Europe avait retiré une campagne célébrant la diversité et « la liberté dans le hijab », condamnée par la France qui l’avait alors assimilée à une promotion du voile (« Propagande », « grave dérive », « procédé islamiste »). Lancée par le Conseil de l’Europe, vigie des droits humains sur le continent contre les discriminations et cofinancée par l’Union européenne, la campagne proposait sur les réseaux sociaux des portraits de plusieurs jeunes femmes, voilées sur une moitié de l’image, non voilées sur l’autre. Un message en anglais indiquait notamment : « Beauty is in diversity as freedom is in hijab » (la beauté est dans la diversité comme la liberté est dans le hijab). Jugeant la campagne « opposée à [ses] valeurs » car « prônant le port du voile », « la France a fait part de sa désapprobation extrêmement vive, d’où [son] retrait », avait alors expliqué la secrétaire d’État chargée de la Jeunesse Sarah El Haïry. Le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian avait de son côté qualifié la campagne de « choquante » du fait de sa « promotion active d’un signe religieux ou vestimentaire particulier ». Valérie Pécresse avait fait part de sa « stupeur », estimant que le voile n’était « pas un symbole de liberté mais de soumission ». L’ancienne ministre socialiste des Droits des femmes, Laurence Rossignol, avait estimé que « dire que la liberté est dans le hijab » revenait à « en faire la promotion ».



LE 9 FEVRIER 2022


Pour inciter à participer à la Conférence sur l’avenir de l’Europe – série de débats et de discussions auxquels les citoyens étaient invités à prendre part– la Commission européenne avait choisi d’illustrer une de ses affiches avec un femme voilée à côté de laquelle était inscrit le slogan «L’avenir de l’Europe est entre vos mains». Un choix qui avait alors suscité la polémique en France, dans la sphère politique et sur les réseaux sociaux. « En choisissant une femme voilée comme égérie de la conférence sur l’avenir de l’Europe, l’UE montre à nouveau sa déconnection des peuples mais aussi sa complaisance envers ce symbole d’asservissement des femmes » avait réagit ainsi Bruno Retailleau, président du groupe Les Républicains au Sénat. Eric Ciotti, député LR avait jugé cette affiche comme une «Inadmissible soumission à l’islamisme, le tout sous l’autorité de la Présidence française du Conseil de l’Union Européenne ».. Du côté du Rassemblement national, l’eurodéputé Jean-Lin Lacapelle s’interrogeait : « Qui aurait pu croire, il y a 60 ans, qu’en 2022, l’égérie d’une conférence sur l’avenir de l’Europe serait une femme voilée ? Synonyme de soumission, de remplacement et de changement de civilisation : le voile ne sera jamais un symbole européen ! » L’eurodéputée Hélène Laporte avait écrit : «Non, l’avenir de l’Europe ne sera jamais une femme voilée, symbole de soumission et de prosélytisme. Notre avenir sera basé sur la liberté, la souveraineté et la protection des peuples européens».




LE 17 FEVRIER 2022


Suite à une polémique sur Twitter après une affiche pour le mois de la femme, la conseillère municipale d’opposition Laurence Garnier avait accusé la mairie de Nantes de promouvoir le voile. La Ville avait alors expliqué qu’elle n’avait pas soutenu l’association organisatrice et parle d’une erreur interne. Selon la sénatrice LR, l’affiche aurait été retirée en catastrophe. « Promouvoir le voile est une faute politique, une atteinte à la laïcité […]. Pas un euro d’argent public ne doit servir le communautarisme », avait-elle écrit.




Sans compter les polémiques stériles pour des campagnes électorales puisque juridiquement il n'y a pas de débats à avoir : en mai 2021, LRM avait menacé de refuser son investiture à une femme voilée, candidate aux départementales 2021 dans l’Hérault. Le débat était alors purement politique, car rien n’interdit à des candidats de manifester une appartenance religieuse. Sur l’affiche de campagne où on la voit avec les autres candidats La République en marche (LRM) aux départementales dans le canton de Montpellier-1 (Hérault), Sara Zemmahi, ingénieure qualité porte un voile. Sur Twitter, le 10 mai, Stanislas Guerini, le délégué général de LRM, avait dit : « Les valeurs portées par LRM ne sont pas compatibles avec le port ostentatoire de signes religieux sur un document de campagne électorale. » Et de menacer : « Soit ces candidats changent leur photo, soit LRM leur retirera leur soutien. »


Si la candidate avait indiqué le retirer si elle avait été élue, légalement, elle n’y aurait pas été obligée. Le guide « Laïcité et collectivités locales », disponible sur le portail Internet du gouvernement consacré à la laïcité, précise que, « si le principe de neutralité du service public fait obstacle à ce que des agents ou des salariés exécutant une mission de service public manifestent leurs croyances religieuses, ni la jurisprudence, ni la loi n’étendent aux élus cette interdiction ». Et de citer la Cour de cassation, qui, en 2010, a décidé qu’un maire avait commis une discrimination en demandant à une élue de son conseil municipal de dissimuler la croix qu’elle portait.


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