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Les religions sont-elles antisémites, christianophobes ou islamophobes ?


Comme en tout temps de crise, les tensions créent des messages de haine qui sont partagés, commentés, et dont la visibilité ainsi s’accroît. En première ligne : les religions, ou plutôt leurs adhérents. Les musulmans seraient profondément antisémites, les chrétiens islamophobes et les juifs christianophobes. Qu’en est-il vraiment ?




INTRODUCTION


Il est important de noter que la question de la croyance religieuse est profondément liée aux valeurs personnelles et à l'identité de chaque individu. Lorsqu'une personne choisit une religion spécifique, il est courant de voir une certaine forme de rejet des croyances religieuses concurrentes. Cela peut être motivé par des facteurs théologiques, sociologiques et psychologiques.

D'un point de vue théologique, de nombreuses religions ont des doctrines spécifiques qui excluent ou nient les croyances des autres religions. Par exemple, le christianisme enseigne que Jésus-Christ est le seul chemin vers le salut[1], ce qui implique que d'autres croyances religieuses sont incorrectes. De même, l'islam affirme que le Coran est la parole finale de Dieu[2], et que les autres Livres révélés contiennent des erreurs. Ces enseignements théologiques peuvent renforcer le rejet des croyances d'autres religions, et favorisent l’adoption d’un seul dogme.

Coran, extrait de la sourate 109 :
Je n'adore point ce que vous adorez, pas plus que vous n'adorez ce que j'adore. Vous avez votre religion et moi j'ai la mienne.

Le phénomène qui pousse une personne à choisir de supporter une seule équipe de foot, un seul parti politique, ou une seule religion est souvent appelé « l'identification partisane » ou « l'adhésion religieuse ». Ces termes sont utilisés pour décrire le processus par lequel un individu s'identifie fortement à un groupe, à une idéologie politique[3] ou à une croyance religieuse spécifique. Ce choix peut être influencé par divers facteurs, notamment l'influence sociale, les valeurs personnelles, l'éducation, l'environnement culturel et éventuellement des facteurs psychologiques tels que le besoin de sécurité, d'appartenance ou de cohérence cognitive. En effet, les individus peuvent ressentir le besoin de renforcer leur propre foi en rejetant les croyances religieuses concurrentes. Cela peut être lié à des mécanismes de défense psychologique visant à protéger la cohérence de leurs propres croyances. Le rejet des croyances d'autres religions peut renforcer la confiance en soi et la stabilité de la croyance religieuse de l'individu[4].

Cependant, il est essentiel de noter que le rejet des croyances religieuses d'autrui ne signifie pas nécessairement un comportement de rejet envers la personne elle-même. Il est possible de maintenir des relations harmonieuses et respectueuses avec des individus ayant des croyances religieuses différentes. Cela nous renvoie à la notion d’identité religieuse dont nous avons déjà parlé dans un précédent article. La tolérance religieuse et le respect des croyances d'autrui sont des valeurs fondamentales, comme nous allons le développer dans cet article.

LE CAS DU JUDAÏSME

Notre équipe a directement contacté des Rav des équipes Torah-Box pour obtenir une réponse personnalisée à la question : « si dans le judaïsme, on a les lois noahides qui marquent un respect pour les autres croyants, nous tenions à savoir si on pouvait avoir d’autres arguments pour exprimer le fait que le judaïsme est engagé contre l’islamophobie et la christianophobie ? »

Les Lois Noahides sont un ensemble de principes moraux et juridiques fondamentaux dans le judaïsme, qui sont considérés comme obligatoires pour tous les êtres humains, qu’ils soient juifs ou non-juifs. Elles tirent leur nom de Noé (Noah en anglais), qui, selon la tradition juive, est l'ancêtre commun de toute l'humanité après le Déluge. Ces lois sont énoncées dans la Genèse dans la Bible hébraïque et comprennent les interdictions contre l'idolâtrie, le meurtre, le vol, les relations sexuelles illicites, le blasphème, la cruauté envers les animaux, et l'établissement de systèmes juridiques justes. Un passage spécifique du Talmud Babli[5] est dédié à l'explication et à l'élaboration des lois Noahides. Bien qu’elles ne forment pas un code de lois complet, elles servent de base éthique et légale pour le comportement des non-Juifs dans le cadre du judaïsme.

L’équipe de Torah Box a abordé dans sa réponse le concept de « Tza'ar Ba'alei Chayim », qui signifie « la souffrance des êtres vivants », en mentionnant des histoires talmudiques sur la compassion envers les animaux, notamment celle du traité Baba Metzia[6], qui mentionne l'histoire d'une femme qui est entrée au Gan Eden (le Paradis) en raison de sa miséricorde envers un chien. Le Rav nous a donné plusieurs exemples en lien avec des animaux, des insectes, et nous a expliqué qu’il allait de soi qu’à partir de ces exemples on soutienne que le judaïsme ne peut pas cautionner des comportements de rejet et d’agression envers les autres religions.

Peu relayée mais importante tout de même dans le cadre de cet article, une déclaration du 17 octobre 2023 a été diffusée intitulée « plus de 150 groupes juifs rejettent sans équivoque l’islamophobie et la haine anti-arabe. »

Le texte indique :
« C’est un moment de profonde douleur juive, de deuil des vies enlevées et de prière pour la libération en toute sécurité des otages à Gaza – et cette douleur et cette peur sont aggravées par une horrible montée de l’antisémitisme ici aux États-Unis et dans le monde entier. Nous savons aussi que nous ne sommes pas les seuls à être ciblés en ce moment. Nos voisins musulmans, arabes et palestiniens américains sont confrontés à l’intolérance, aux menaces et à la violence. Soyons clairs sans équivoque : la communauté juive rejette l’islamophobie, la haine anti-arabe, l’antisémitisme et toutes les formes de sectarisme. D’autant plus que les extrémistes continuent d’exploiter ce moment, nous nous rappelons que la sécurité et l’avenir de toutes nos communautés sont inextricablement liés – et nous réaffirmons notre engagement à lutter contre la haine sous toutes ses formes. Nous sommes solidaires de tous nos voisins menacés et exhortons nos dirigeants élus et civiques, les forces de l’ordre, les écoles et les universités, ainsi que les employeurs, à indiquer clairement qu’il y aura une tolérance zéro pour tout acte de haine. »

Sur quoi s’appuient-ils ? La Torah bien entendu, ainsi que les prescriptions rabbiniques.
Dans la Torah, Dieu interdit l’oppression : « Tu ne maltraiteras pas l'étranger et tu ne l'opprimeras pas, car vous avez été étrangers en Egypte[7]. »

Hillel, l’un des fondateurs de la tradition rabbinique, a étudié et enseigné il y a environ 2 000 ans à Jérusalem. Le plus grand héritage de Hillel a été ses recherches vers l’objectif du tikkoun olam, « la réparation éthique du monde ». Dans l’histoire la plus célèbre racontée à propos de Hillel, un non-juif s’approche et lui demande de définir l’essence du judaïsme tout en se tenant debout sur un pied. Hillel répond : « Ce qui vous est odieux, ne le faites pas à votre prochain[8]. »

Moïse Maïmonide, µ%§ un éminent philosophe et érudit juif du Moyen Âge, a écrit sur les musulmans et les relations entre juifs et musulmans dans son ouvrage intitulé « Moreh Nevukhim » (le Guide des égarés). Maïmonide était lui-même un juif séfarade né en Al-Andalus (l'Espagne médiévale musulmane) et a vécu dans une période de coexistence entre juifs, musulmans et chrétiens. Dans son ouvrage, il examine les similitudes et les différences entre la foi juive et la foi musulmane. Il traite également de la façon dont les juifs devraient interagir avec les musulmans et les non-juifs en général.
Maïmonide a généralement adopté une approche pragmatique et respectueuse des relations interreligieuses, préconisant la tolérance et l'entente mutuelle entre les communautés religieuses. Ses écrits ont eu une influence significative sur la pensée juive médiévale et continuent d'être étudiés et discutés dans le contexte des relations interreligieuses et du dialogue interconfessionnel.

« Il faut donc, lorsque nous nous adressons à eux, les traiter avec respect et nous comporter envers eux avec gentillesse et honnêteté ». Maimonide Moreh Nevukhim

LE CHRISTIANISME

Le message central du Christianisme repose sur l'amour, la compassion et la justice envers son prochain, quel que soit son origine, sa foi ou son origine ethnique. Dans le contexte du christianisme, cela signifie que la lutte contre le racisme et l'islamophobie n'est pas seulement un acte de solidarité, mais aussi un devoir moral. Le Nouveau Testament met en évidence l'universalité de l'amour de Dieu et l'importance de traiter les autres avec respect et dignité. L'une des paraboles les plus célèbres de Jésus, la parabole du Bon Samaritain[9], souligne l'importance de tendre la main à ceux qui sont différents de nous, même lorsqu'ils sont considérés comme des étrangers. Le christianisme enseigne que chaque être humain est créé à l'image de Dieu, ce qui confère une dignité inaliénable à chaque personne, indépendamment de sa race, de sa religion ou de son origine.

Paul, dans l'épître aux Galates, écrit : « Il n'y a plus ni Juif ni Grec, il n'y a plus ni esclave ni libre, il n'y a plus ni homme ni femme ; car tous vous êtes un en Jésus-Christ »[10]. Cette déclaration souligne l'idée que, dans la foi chrétienne, les distinctions raciales, ethniques ou sociales perdent de leur importance à la lumière de l'unité en Christ.

Nostra Aetate
Un des documents qui l’illustre le mieux est le Nostra Aetate[11], publié le 25 octobre 1965. Cette déclaration issue du Concile Vatican II sur les relations de l’Eglise catholique avec les religions non-chrétiennes stipule dans son point 3 sur la religion musulmane :

L’Église regarde aussi avec estime les musulmans, qui adorent le Dieu unique, vivant et subsistant, miséricordieux et tout-puissant, créateur du ciel et de la terre[12], qui a parlé aux hommes. Ils cherchent à se soumettre de toute leur âme aux décrets de Dieu, même s’ils sont cachés, comme s’est soumis à Dieu Abraham, auquel la foi islamique se réfère volontiers. Bien qu’ils ne reconnaissent pas Jésus comme Dieu, ils le vénèrent comme prophète ; ils honorent sa Mère virginale, Marie, et parfois même l’invoquent avec piété. De plus, ils attendent le jour du jugement, où Dieu rétribuera tous les hommes après les avoir ressuscités. Aussi ont-ils en estime la vie morale et rendent-ils un culte à Dieu, surtout par la prière, l’aumône et le jeûne. Même si, au cours des siècles, de nombreuses dissensions et inimitiés se sont manifestées entre les chrétiens et les musulmans, le saint Concile les exhorte tous à oublier le passé et à s’efforcer sincèrement à la compréhension mutuelle, ainsi qu’à protéger et à promouvoir ensemble, pour tous les hommes, la justice sociale, les valeurs morales, la paix et la liberté.


De même, la déclaration mentionne la religion juive dans son point 4.

Scrutant le mystère de l’Église, le saint Concile rappelle le lien qui relie spirituellement le peuple du Nouveau Testament à la lignée d’Abraham. L’Église du Christ, en effet, reconnaît que les prémices de sa foi et de son élection se trouvent, selon le mystère divin du salut, chez les patriarches, Moïse et les prophètes. Elle confesse que tous les fidèles du Christ, fils d’Abraham selon la foi, sont inclus dans la vocation de ce patriarche, et que le salut de l’Église est mystérieusement préfiguré dans la sortie du peuple élu hors de la terre de servitude. C’est pourquoi l’Église ne peut oublier qu’elle a reçu la révélation de l’Ancien Testament par ce peuple avec lequel Dieu, dans sa miséricorde indicible, a daigné conclure l’antique Alliance, et qu’elle se nourrit de la racine de l’olivier franc sur lequel ont été greffés les rameaux de l’olivier sauvage que sont les Gentils. L’Église croit, en effet, que le Christ, notre paix, a réconcilié les Juifs et les Gentils par sa croix et en lui-même, des deux, a fait un seul. L’Église a toujours devant les yeux les paroles de l’apôtre Paul sur ceux de sa race « à qui appartiennent l’adoption filiale, la gloire, les alliances, la législation, le culte, les promesses et les patriarches, et de qui est né, selon la chair, le Christ »[13], le Fils de la Vierge Marie. Elle rappelle aussi que les Apôtres, fondements et colonnes de l’Église, sont nés du peuple juif, ainsi qu’un grand nombre des premiers disciples qui annoncèrent au monde l’Évangile du Christ. Selon le témoignage de l’Écriture Sainte, Jérusalem n’a pas reconnu le temps où elle fut visitée ; les Juifs, en grande partie, n’acceptèrent pas l’Évangile, et même nombreux furent ceux qui s’opposèrent à sa diffusion. Néanmoins, selon l’Apôtre, les Juifs restent encore, à cause de leurs pères, très chers à Dieu, dont les dons et l’appel sont sans repentance. Avec les prophètes et le même Apôtre, l’Église attend le jour, connu de Dieu seul, où tous les peuples invoqueront le Seigneur d’une seule voix et « le serviront sous un même joug ». Du fait d’un si grand patrimoine spirituel, commun aux chrétiens et aux Juifs, le saint Concile veut encourager et recommander la connaissance et l’estime mutuelles, qui naîtront surtout d’études bibliques et théologiques, ainsi que d’un dialogue fraternel. Encore que des autorités juives, avec leurs partisans, aient poussé à la mort du Christ, ce qui a été commis durant sa Passion ne peut être imputé ni indistinctement à tous les Juifs vivant alors, ni aux Juifs de notre temps. S’il est vrai que l’Église est le nouveau Peuple de Dieu, les Juifs ne doivent pas, pour autant, être présentés comme réprouvés par Dieu ni maudits, comme si cela découlait de la Sainte Écriture. Que tous donc aient soin, dans la catéchèse et la prédication de la Parole de Dieu, de n’enseigner quoi que ce soit qui ne soit conforme à la vérité de l’Évangile et à l’esprit du Christ. En outre, l’Église, qui réprouve toutes les persécutions contre tous les hommes, quels qu’ils soient, ne pouvant oublier le patrimoine qu’elle a en commun avec les Juifs, et poussée, non pas par des motifs politiques, mais par la charité religieuse de l’Évangile, déplore les haines, les persécutions et les manifestations d’antisémitisme, qui, quels que soient leur époque et leurs auteurs, ont été dirigées contre les Juifs. D’ailleurs, comme l’Église l’a toujours tenu et comme elle le tient encore, le Christ, en vertu de son immense amour, s’est soumis volontairement à la Passion et à la mort à cause des péchés de tous les hommes et pour que tous les hommes obtiennent le salut. Le devoir de l’Église, dans sa prédication, est donc d’annoncer la croix du Christ comme signe de l’amour universel de Dieu et comme source de toute grâce.


Ces textes montrent l’ouverture et l’appel à se battre contre les appels à la haine. Toutefois, il est très intéressant de constater qu’en dépit de cet engagement totalement assumé, dans le premier chapitre de la déclaration, il est fait référence à ce que l’introduction de notre article avance : l’engagement envers la défense des autres communautés si elles sont victimes d’agressions, de calomnies etc, n’est pas incompatible avec l’affirmation de sa propre foi :

« L’Église catholique ne rejette rien de ce qui est vrai et saint dans ces religions. Elle considère avec un respect sincère ces manières d’agir et de vivre, ces règles et ces doctrines qui, quoiqu’elles diffèrent sous bien des rapports de ce qu’elle-même tient et propose, cependant reflètent souvent un rayon de la vérité qui illumine tous les hommes. Toutefois, elle annonce, et elle est tenue d’annoncer sans cesse, le Christ qui est « la voie, la vérité et la vie » (Jn 14, 6), dans lequel les hommes doivent trouver la plénitude de la vie religieuse et dans lequel Dieu s’est réconcilié toutes choses. Elle exhorte donc ses fils pour que, avec prudence et charité, par le dialogue et par la collaboration avec les adeptes d’autres religions, et tout en témoignant de la foi et de la vie chrétiennes, ils reconnaissent, préservent et fassent progresser les valeurs spirituelles, morales et socio-culturelles qui se trouvent en eux. »


L’ISLAM


L’islam est une religion apparue après le judaïsme et le christianisme, ce qui lui donne la particularité de mentionner à la fois dans le Coran mais aussi dans les écritures issues de la tradition prophétique les juifs et les chrétiens, et d’illustrer plusieurs exemples de cohabitation.

« Et que l'inimitié d'un groupe ne vous pousse pas à ne pas être justes. Soyez justes, cela est plus proche de la piété[14]. »


Note : Comme nous l’indiquons à de nombreuses reprises dans notre Guide Coran[15], le Coran a été révélé sur une longue période, à des moments précis. Deux périodes bien distinctes sont connues : les révélations de la période mecquoise et celles de la révélation médinoise. Pour rester dans le sujet, nous ne nous éparpillerons pas dans les explications théologiques mais il y a une partie de la révélation qui est plus globale et une autre plus spécifique au contexte dans lequel les musulmans évoluaient (persécutions, boycott etc.) Souvent, les versets visant les polythéistes de la Mecque qui attaquaient les musulmans et bafouaient leurs libertés (et donc leur autorisant la riposte par voie violente) sont aujourd’hui mentionnés comme visant les juifs ou les chrétiens. Il n’en est rien.

Dans l'islam, l'obligation d'agir avec respect et bienveillance envers les chrétiens et les juifs est enracinée dans les enseignements du Coran et de la Sunna (les traditions prophétiques). Ces principes sont fondamentaux pour promouvoir la coexistence pacifique et le respect mutuel entre les différentes communautés religieuses. L'islam reconnaît que les chrétiens et les juifs sont les « Ahl al-Kitab » (les « Gens du Livre »), c'est-à-dire ceux qui ont reçu des livres sacrés antérieurs, respectivement la Torah et Al Injil (ainsi que les Psaumes qui sont également mentionnés, Az Zabur, et les feuillets d’Abraham et Moïse).

Un verset du Coran, dans la sourate Al-Ankabut (29,46), énonce clairement l'importance de la tolérance et du respect envers les croyants d'autres confessions : « Et ne discutez que de la meilleure manière avec les gens du Livre, sauf ceux d'entre eux qui sont injustes. Et dites : Nous croyons en ce qu'on a fait descendre vers nous et en ce qu'on a fait descendre vers vous. Notre Dieu et votre Dieu est le même, et c'est à Lui que nous nous soumettons. »

Ce verset met en avant la nécessité de dialoguer de la meilleure manière possible et de reconnaître l'unicité de Dieu, tout en soulignant également que la soumission à Dieu est le lien fondamental entre tous les croyants.

La Sunna du Prophète Muhammad complète ces enseignements en encourageant le respect des minorités religieuses, y compris les chrétiens et les juifs. Le Prophète a établi des traités de protection et de coexistence pacifique avec les communautés non-musulmanes de Médine, garantissant leur sécurité et leur liberté religieuse.

Il est d’ailleurs tout à fait possible pour un musulman d'épouser une femme juive ou chrétienne, et cette possibilité témoigne de la volonté d'encourager la coexistence pacifique et la bonne entente entre les trois communautés. Cette pratique est enracinée dans les enseignements du Coran, en donnant la condition que les futures épouses soient vertueuses et pratiquent leur propre foi[16].

La Sunna du Prophète Muhammad confirme cette tolérance envers les juifs et les chrétiens. Le Prophète lui-même a partagé la vie de femmes de confession différente : Safiya bint Huyayy. Safiya était d'origine juive, et elle appartenait à la tribu juive des Banu Nadir à Médine. Elle est devenue musulmane ensuite. Maria, qui lui a donné un fils Ibrahim, était copte. Ces mariages mixtes ont joué un rôle essentiel dans l'édification d'un esprit d'ouverture, de tolérance et de compréhension mutuelle entre les communautés religieuses à l'époque du Prophète. Aussi, on parle souvent de la rencontre entre le Négus d'Abyssinie et les musulmans qui eut lieu au VIIe siècle, à une époque où l'islam était encore naissant et où les musulmans étaient persécutés dans leur lieu d'origine, La Mecque.

Le Négus d'Abyssinie, également connu sous le nom d'As'hama Ibn Abjar, régnait sur un royaume situé dans l'actuelle Éthiopie. Il était réputé pour sa sagesse, sa justice et sa tolérance. Lorsque les premiers musulmans ont été persécutés en Arabie, le prophète Muhammad leur a conseillé de chercher refuge auprès de cet homme. Un petit groupe de musulmans, dirigé par Ja'far ibn Abi Talib, se rendit en Abyssinie pour échapper à la persécution. À leur arrivée, ils furent reçus avec bienveillance par le Négus, qui les protégea des persécutions et écouta leur histoire. La rencontre entre le Négus et les musulmans fut empreinte de respect mutuel et de compréhension. Lorsque des émissaires de La Mecque vinrent demander l'extradition des musulmans, le Négus refusa de les livrer, affirmant que les musulmans étaient sous sa protection en Abyssinie.

En fin de compte, cette pratique contribue à promouvoir la paix, la compréhension et la solidarité entre les différentes communautés religieuses, montrant que l'islam valorise la diversité religieuse et cherche à construire des ponts plutôt que des barrières entre les croyants de toutes confessions. Elle est une preuve de l'engagement de l'islam en faveur d'une coexistence pacifique et d'une bonne entente entre les musulmans, les juifs et les chrétiens.

« La bonne action et la mauvaise ne sont pas pareilles, repousse le mal par ce qui est meilleur ; et voilà que celui avec qui tu avais une animosité devient tel un ami chaleureux[17]. »


CONCLUSION

Aujourd’hui, certains va-t-en guerre parlent des chocs des civilisations. Il est plus judicieux de parler des chocs des ignorances, du triomphe de l’extrémisme et du fanatisme dans tous les camps. Nous remarquons actuellement des discussions publiques et médiatiques dans lesquelles des appels à la haine, des discriminations ouvertes, du rejet des religions (que ce soit du judaïsme, du christianisme et de l’islam) sont exprimés de manière décomplexée.
Nous appelons à la vigilance lorsque ces discours sont exprimés depuis plusieurs semaines et ensuite suivies d’actions concrètes comme des rassemblements, des marches, ou encore des manifestations diverses, mettant en danger les religieux de toutes les communautés. Il en va de la responsabilité de chacun de défendre cet aspect des religions et de promouvoir le dialogue interreligieux, la connaissance mutuelle et la lutte contre les discriminations.

Les sciences religieuses demandent plusieurs années d’études dans un parcours universitaire-académique. Elles demandent de la rigueur, une connaissance multi disciplinaire (histoire, sociologie, langue étrangère, traduction), et amènent ainsi l’étudiant à se questionner, et à faire preuve d’une qualité : savoir faire la part des choses et ne pas tout mélanger, comme c’est le cas depuis des semaines avec les termes « juifs, israéliens, tsahal, arabes, musulmans, palestiniens, hamas, antisémites ».

Peut-être que certaines personnalités publiques devraient s’en inspirer afin que cela cesse au plus vite : cette confusion des termes et cet entretien du flou pour continuer à parler avec véhémence est la véritable menace qui pèse aujourd’hui sur les communautés.


 

 


NOTES

[1] Jean 14,6 « Je suis le chemin, la vérité, et la vie. Nul ne vient au Père que par moi. » [2] Coran 5,3 « Ce jour-là, J'ai parachevé pour vous votre religion. » [3] Nonna Mayer, Sociologie des comportements politiques, Paris, Armand Colin, 2010, Chapitre 4 - L’individu électeur [4] S’intéresser à la théorie de la dissonance cognitive développée en 1957 par Festinger. [5] Sanhédrin 56a-60a [6] Baba Metzia 32b [7] Exode 22,20 [8] Rabbi Joseph Telushkin, “Shabbat,” 31a. [9] A lire dans l’Evangile de Jésus-Christ selon Luc 10,25-37 [10] Galates 3,28 [11] A lire intégralement ici : Nostra aetate (vatican.va) [12] Saint Grégoire VII, Épître III, 21 ad Anzir (El-Nâsir), regem Mauritaniae, éd. E. Caspar in mgh, Ep. sel. II, 1920, I, p. 288, 11-15 ; PL 148, 451 A [13] Romains 9, 4-5 [14] Coran 5,8 [15] Actuellement en réédition [16] Coran 5,5 [17] Coran 41,34

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