LA MATERNITE DANS LES RELIGIONS



INTRODUCTION

L’humanité a souvent rendu hommage à celle qui lui donne la vie, celle qui enfante, la mère. Dès l’Antiquité, les Grecs glorifient la maternité en célébrant tout au long de l’année, et particulièrement au printemps, la mère de tous leurs dieux, Rhéa[1]. Au Vème siècle av. J.-C., les Romains rendent hommage aux femmes et aux mères lors des Matraliae. Cette fête qui se déroule le 11 juin, au moment où l’on se rapproche du solstice d’été, célèbre Mater Matuta[2], la déesse de l’aube et de l’enfantement. Chez nous en France, c’est le président socialiste Vincent Auriol qui promulgue la loi du 24 mai 1950 qui stipule : « La République française rend officiellement hommage chaque année aux mères françaises au cours d’une journée consacrée à la célébration de la « fête des Mères »[3].


PHYSIOLOGIE

Dans l’islam, on lit que « La conception de chacun d’entre vous, dans le ventre de sa mère, s’accomplit en quarante jours ; d’abord sous la forme d’une semence (notfa), puis sous celle de ‘alaqa » (adhérence) pour une même période, puis sous celle de modgha (morceau de chair mâché) pour une même période »[4].

On lit aussi : Le Prophète (ﷺ) a dit : « Allah met un ange en charge de l’utérus et celui-ci dit: ‘Seigneur, c’est un sperme ! Ô Seigneur, (c’est maintenant) un caillot de sang ! Ô Seigneur, (c’est maintenant) un morceau de chair. Et alors, si Allah veut compléter sa création, l’ange demande : Ô Seigneur, (sera-ce) un homme ou une femme ? Un malheureux ou un bienheureux ? Quelle sera sa subsistance ? Quel sera son âge ? Tout ceci est alors écrit pendant que la créature est encore dans le ventre de sa mère »[5].

Dans le judaïsme, il est écrit dans le Talmud de Babylone : « Une lampe brûle au- dessus de la tête [de l’embryon], et il contemple le monde d’une extrémité à l’autre, comme il est dit (Job 29,3) : ‘Quand sa lampe brillait sur ma tête et que sa lumière me guidait dans les ténèbres.’ […] Il n’est pas de séjour plus heureux pour l’homme, comme il est dit : ‘Que ne puis-je être comme aux mois du passé, aux jours où Dieu me gardait.’ Quelle est la période qui se compte en mois et non en années, c’est la grossesse. Toute la Torah est enseignée à l’embryon, comme il est dit : ‘Il m’instruisait alors et me disait, que ton cœur retienne mes paroles et tu vivras. […] Dès que l’enfant vient au monde un ange s’approche de lui et lui donne un coup sur la bouche, ce qui lui fait oublier la Torah toute entière, comme il est dit (Genèse 4,7) : Le péché est tapi sur le seuil etc. »[6]

Pour les maîtres de la Torah, le fœtus n’est pas qu’un simple organisme vivant en développement, c’est un être qui connaît déjà toute la Torah. Mais venir au monde, c’est oublier ce savoir, et seule l’étude intense permettra le renouvellement d’un savoir inné.


Le nom Ève vient d’un verbe qui signifie « vivre » : « L’homme appela sa femme Ève [‘Hava en hébreu] (c’est-à-dire : la vivante), parce qu’elle fut la mère de tous les vivants. » (Genèse 3,20) Dans la Septante, elle est appelée Zoé, qui est la traduction grecque de « la vie ». Par Ève, la vie est née dans le monde, ce qui aurait été impossible si Adam était resté seul. Suit en Genèse 1,28, le commandement « Croissez et multipliez. » En d’autres termes, avec leur base biologique, les aspects pulsionnels de la reproduction sont posés. La mère, au sens genitrix, voire generatrix (celle qui produit) se trouve ainsi fondée.


LA MERE DANS LE JUDAISME


La première femme de l’histoire fut nommée ’Hava, parce qu’elle fut la « mère de tout vivant[7]». Les commentateurs soulèvent une difficulté concernant le moment où ce nom lui fut attribué. La Torah décrit d’abord comment Dieu créa le corps de ’Hava. Puis, avant de nous informer de son nom, elle relate sa faute – la consommation du Fruit de l’Arbre de la connaissance du Bien et du Mal, et la Chute. Ce n’est qu’après avoir terminé ce triste récit que la Torah revient à la création de ’Hava et qu’elle nous informe qu’elle fut appelée ainsi parce qu’elle était la « mère de tout vivant ». On lit « À la femme, Il dit : "J’intensifierai ta souffrance et ta grossesse, tu enfanteras dans la douleur." »[8]

Avant sa dérogation, ’Hava pouvait concevoir immédiatement et accoucher sans peine. Mais depuis son acte, l’enfantement n’est plus si simple ; il faut passer par une longue période de grossesse ainsi que par les douleurs de l’accouchement. Et on peut ajouter à cela le « Tsaar Guidoul Banim », la difficulté d’éduquer les enfants.

Les commentateurs se sont alors interrogés : pourquoi la faute d’’Hava eut-elle pour conséquence cette peine ? Pourquoi lui fut-il dès lors beaucoup plus douloureux de remplir son rôle de parent ?

Rav Dessler explique que quand une personne trébuche dans un domaine qui était généralement sous contrôle ; elle fait alors reculer sa Nékoudat Habé’hira (le champ d’exercice du libre arbitre). Dès lors, les domaines qui ne présentaient pas spécialement de défis vont lui être très épineux. C’est vraisemblablement ce qui se produisit avec ’Hava ; avant la faute, elle se trouvait à un niveau tel qu’il lui était facile de donner naissance. Ensuite, son niveau spirituel diminua drastiquement au point de devoir peiner énormément (elle et ses descendantes) pour retrouver son niveau sublime. Ce travail supplémentaire se manifeste par les nouvelles difficultés que présentent la grossesse, l’accouchement et l’éducation. C’est en réussissant ces défis qu’elle peut parvenir à rectifier son erreur[9].

On a cette idée de Chute et de punition d’Eve par les douleurs de la maternité dans le Christianisme mais pas dans l’Islam, même si Marie a d’atroces douleurs en enfantant Jésus, on le verra un peu après.

On va donc procéder un par un : on commence avec le rôle de la mère selon la Torah :


Vous avez certainement déjà lu que l’homme juif prononce la bénédiction chaque matin « qui ne m’a pas fait femme » et ainsi remercie Dieu d’avoir l’obligation d’accomplir de nombreuses Mitsvot et d’étudier la Torah. (C’est souvent repris pour montrer à quel point les religions sont misogynes).

Ceci montre, à première vue, que d’en-haut, cette tâche est considérée de la première importance. D’autre part, les femmes récitent « qui m’a faite selon sa volonté » et déclarent, de cette manière, qu’elles constituent la volonté de Dieu par le fait même d’exister. Et même la louange qui leur est adressée d’être « une femme vertueuse couronne de son mari »[10] les place comme la parure de leur mari, autrement dit, comme plus grande et plus importante que lui.


Qui donc est plus important que l’autre ? Le Maharal de Prague, de son vrai nom Rabbi Yehouda Levaï ben Betzalel, dans son explication sur la Torah (H'idouché Agadot), répond qu’« une femme est, par sa nature même, plus proche d’Hachem. C’est pourquoi, elle n’a pas besoin de peiner dans l’étude de la Torah et dans l’accomplissement des Mitsvot pour briser ses instincts et son mauvais penchant. Ce qui n’est pas le cas de l’homme, qui a ces deux obligations afin de s’améliorer et de se purifier. Comme il est écrit : « J’ai créé le mauvais penchant et j’ai créé la Torah comme remède »[11].


Dans la religion juive, n’est considéré juif uniquement l’enfant dont la mère est juive, peu importe la religion du père. En effet, un enfant né de père non-juif et de mère juive, sera juif. En revanche, un enfant né de mère non-juive et de père juif, ne sera pas considéré comme juif. Il devra, par la suite, passer par chacune des étapes de la conversion s’il souhaite devenir juif. On appelle cela la matrilinéarité[12]. Pour quelle raison la judéité passe par la mère ? Pourquoi la religion du père n’est-elle pas prise en considération ? Tout comme le lien physique entre une mère et son enfant est indubitable, l’héritage spirituel suit la même voie et le même fonctionnement.

En effet, le développement du corps et de l’âme d’un bébé sont intimement liés. Tout est transmis dans le ventre, depuis la conception jusqu’à la naissance. Le bébé vit à travers la maman. Ils ne forment pas deux entités différentes, ils forment un pendant neuf mois. L’enfant n’est autre qu’une extension de sa mère. La création l’a voulu ainsi : on l’a vu avec cette histoire de fœtus et d’insufflation d’âme dans le ventre de la mère.

Être mère est un rôle très important que le Seigneur choisit de confier à beaucoup de femmes. Une mère chrétienne doit aimer ses enfants (Tite 2.4-5 dans le but d'apprendre aux jeunes femmes à aimer leurs maris et leurs enfants, à être retenues, chastes, occupées aux soins domestiques, bonnes, soumises à leurs maris, afin que la parole de Dieu ne soit pas blasphémée), notamment pour ne pas susciter de reproches contre le Sauveur et Seigneur dont elle porte le nom.


En Tite 2.4, le terme grec phileoteknos est employé pour désigner l’amour d’une mère pour son enfant. Ce terme décrit une forme particulière d’« amour maternel ». L’idée est de prendre soin de ses enfants, de les embrasser tendrement, de pourvoir à leurs besoins et d’accueillir tendrement chacun d’eux comme un cadeau unique de la main de Dieu.


Les enfants sont un don de Dieu (Psaume 127.3-5), et la mère chrétienne est donc un receptacle de ce don ce qui en fait une figure importante.


Chez les chrétiens, la mère par excellence est Marie. Chez les catholiques, le concept de mère est poussé au plus haut niveau puisque Marie est considérée comme « mère de Dieu ». On parle alors de Théotokos (du grec Θεοτόκος, « qui a enfanté Dieu »). Ce terme a été adopté définitivement lors du Concile d’Ephèse, en 431. Concept repris d’ailleurs dans la Révélation du Coran au 7ème siècle pour le nier : Allah n’a pas engendré et n’a pas été engendré[13].


Il n’y a pas de filiation par la mère dans le christianisme : on devient chrétien par le baptême.


LA MERE DANS L’ISLAM

On parle de la mère, Umm en arabe, et certains associent le terme « Umma », désignant la communauté religieuse et sociétale[14].


Dans le Coran, Allah dit : « Adorez Allah et ne lui donner aucun associé. Agissez avec bonté envers vos père et mère » (4,36).


Ce verset indique qu’il faut respecter ses parents, ne pas leur dire des mauvaises paroles ou les gronder car Allah les a placés, à travers le Saint Coran, en haute considération.

C’est d’ailleurs un renvoi vers les 10 Commandements juifs : tu honoreras ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent dans le pays que l'Eternel, ton Dieu, te donne[15].


D’ailleurs à ce sujet en Islam aussi cette idée de jours prolongés est valable : Dans le tafsir d’Ibn Kathir, on lit que : l'homme peut être privé de bienfaits qui lui était prédestinés à cause d'un péché qu'il commet. En outre, seule l'invocation peut modifier le destin et seule la piété filiale peut prolonger la vie[16]. A ce propos on lit : J’ai entendu le Messager d’Allah dire « que celui qui aime qu’on lui accroisse sa subsistance ou qu’on lui prolonge son existence, reste lié à ses proches ! »[17].


Cette idée est aussi reprise dans le Nouveau Testament, ce qui en fait un concept présent et mentionné dans nos trois religions : « Vous, enfants, obéissez à vos parents à cause du Seigneur, car c'est là ce qui est juste. Honore ton père et ta mère: c'est le premier commandement auquel une promesse est rattachée: pour que tu sois heureux et que tu jouisses d'une longue vie sur la terre. »[18]


C’est vous dire l’importance : ça veut dire qu’aucun croyant à un Dieu unique sur terre n’échappe à cette règle.

Une autre valorisation de la maman a été bien illustrée dans le livre sacré des musulmans, plus précisément au niveau du Coran (31,14-15) « Et nous avons enjoint à l’homme de la bonté envers son père et sa mère : sa mère l’a péniblement porté et en a péniblement accouché ; et sa gestation et sevrage durent trente mois ; puis quand il atteint ses pleines forces et atteint ses quarante ans, il dit : O Seigneur ! Inspire-moi pour que je rende grâce au bienfait dont tu m’as comblé ainsi qu’à mes père et mère, et pour que je fasse une bonne œuvre que tu agrées et fais que ma postérité soit de la moralité saine ».


Il est alors bien clair que l’Islam, à travers toutes ses composantes, a donné à la maman un privilège bien déterminé comme étant un instrument de vie irréprochable que l’on doit toute notre existence et pour qui on doit toujours rendre grâce.


UN ROLE EPROUVANT

La maternité est le Plan de Dieu : on lit dans la Torah : « Or, l’homme, s’étant uni à Ève, sa femme. Elle conçut et enfanta Caïn, en disant : “J’ai fait naître un homme, conjointement avec l’Éternel !” » (Genèse 4, 1). En effet, la volonté et l’action d’un homme et d’une femme ne sont pas suffisantes pour qu’une naissance ait lieu. Il y faut toujours une intervention divine, même si c’est aussi improbable que dans le cas de Sara qui rit lorsque, en dépit de son âge, lui est annoncée sa grossesse prochaine. Rachel avait beau dire à Jacob : « Rends-moi mère, autrement, j’en mourrai ! »[19], elle n’eut de fils que lorsque Dieu le jugea bon. Quand Hanna, mère de Meriem, a accouché, Allah dit : « or Allah savait mieux ce dont elle avait accouché ! »


D’ailleurs, pour bien l’illustrer, dans nos textes religieux, les femmes stériles sont plus nombreuses à être mentionnées.


Et certaines femmes ne pouvant être mères vont cependant bénéficier dans les textes des plus grands miracles. En effet, le nombre de femmes stériles qui vont finalement pouvoir enfanter par leur foi en la grâce divine – même à un âge avancé est extrêmement important. Sarah, l’épouse stérile d’Abraham, enfantera Isaac malgré son grand âge. De même, la femme d’Isaac, Rébecca, ne pourra elle aussi lui donner d’enfant, jusqu’à ce que le Seigneur écoute sa prière et lui accorde les jumeaux Ésaü et Jacob.


Anne, également stérile, promet quant à elle de donner son futur fils au service du Seigneur s’il accomplit son vœu ; elle donnera naissance à Samuel, un des prophètes. Dans l’islam, Hanna, la mère de Marie, implorait pour avoir un enfant, ainsi que la femme de Zakariyya, pour avoir Yahya.


La stérilité sert de contrepoint à l’écoute de la Parole : si le cœur de l’homme – et de la femme en l’occurrence – se rapproche de Dieu en écoutant ses paroles, il donnera du fruit, métaphore trouvant grâce dans ces maternités exceptionnelles que la prophétie d’Isaïe sublime ainsi : « Crie de joie, femme stérile, toi qui n’as pas enfanté ; jubile, éclate en cris de joie, toi qui n’as pas connu les douleurs ! Car les fils de la délaissée seront plus nombreux que les fils de l’épouse, – dit le Seigneur »[20].


LE COMPORTEMENT

Un homme vint chez le Prophète ﷺ et lui dit : « Ô Messager d’Allah ! Quelle est la personne avec qui je dois le mieux me comporter ? » Il dit : « Ta mère ». Il dit

: « Et qui encore ? » Il dit : « Ta mère ». Il dit : « Et qui encore ? » Il dit : « Ta mère ». Il dit : « Et qui encore ? » Il dit : « Ton père »[21].


Ce Hadith ne vient que montrer alors l’importance de la gente féminine et de la mère en particulier dans l’Islam, une évidence absolue qui met l’accent sur les trois vertus qui la distinguent du père à savoir la vertu de la conception, celle de l’accouchement et celle de l’allaitement. Chaque bon enfant doit ainsi suivre ces consignes et vouer d’amour et de compassion pour sa maman dans l’espérance qu’il arrivera à avoir sa satisfaction et sa bénédiction.


Dans le judaïsme et dans l’islam, manquer de respect à ses parents est extrêmement grave : d’ailleurs, le crime envers la mère est un des plus graves qui soient Exode 15,15 Celui qui frappera son père ou sa mère sera puni de mort et Exode 15,17 Celui qui maudira son père ou sa mère sera puni de mort. Ce dernier verset est si important qu’il est repris dans le Lévitique 20,9 et dans l’Evangile de Matthieu 15,4 (Car Dieu a dit: Honore ton père et ta mère; et: Celui qui maudira son père ou sa mère sera puni de mort.) et de Marc 7,10 (10 Car Moïse a dit: Honore ton père et ta mère; et: Celui qui maudira son père ou sa mère sera puni de mort.).


CES MERES EXCEPTIONNELLES


Marie, la mère du Messie

« Le Seigneur lui-même vous donnera un signe : Voici, la jeune femme/vierge est enceinte ; elle va enfanter un fils et on l’appellera Emmanuel (= avec nous Dieu) ».


(Is 7,14) Telle est la phrase énigmatique qui a inspiré Matthieu au début de son évangile (Mt 1,23) pour parler de l’enfantement virginal de Jésus. Il conviendrait d’abord d’identifier « la jeune femme » ou « vierge » dont parle Isaïe, car l’oracle demeure évasif. Tout d’abord, le mot hébreu qui la désigne (‘almah) signifie normalement « jeune femme » attirante par sa beauté, mariée ou non mais généralement sans enfant encore tout en étant en puissance de maternité, et peut-être membre de la cour royale — ou éventuellement femme du prophète — ou encore appartenant au groupe des prostituées sacrées d’un temple païen[22]. L’interprétation chrétienne traditionnelle croyait que la Vierge Marie était désignée par avance en cette jeune femme, puisque saint Matthieu voyait en elle l’accomplissement de la prophétie. D’où la traduction de jeune femme en parthenos, c’est-à-dire vierge. Ce qui est clair, c’est que le terme hébreu pouvait aussi avoir le sens de vierge puisque la Septante l’a traduit ainsi. Interprétation devenue classique, christologique ou messianique qui est encore suivie aujourd’hui[23].


Dans tous les cas, la lecture croyante de cette histoire nous indique une femme vierge, effrayée de cette annonce, qui accepte le dessein de Dieu mais qui s’inquiète des retombées. Si dans la Bible elle accouche sans difficultés mentionnées, dans le Coran elle aurait préféré mourir que de vivre cet instant[24].

Les anges lui annoncent une Destinée hors du commun : (Rappelle-toi,) quand les Anges dirent : « Ô Maryam, voilà qu’Allah t’annonce une parole de Sa part : son nom sera « al-Masih » « ‘Issa », fils de Maryam, illustre ici-bas comme dans l’au- delà, et l’un des rapprochés d’Allah » . (Coran 3,45)


Cette mère à priori pas destinée à l’être de suite, est devenue la mère du Messie pour les chrétiens et les musulmans. C’est ce rôle qui fait d’elle cette femme illustre.


La femme de Pharaon / la fille de Pharaon


On lit dans Exode 2- 10 Quand il eut grandi, elle l'amena à la fille du pharaon et il fut un fils pour elle. Elle l'appela Moïse, « car, dit-elle, je l'ai retiré de l'eau. »


Et on lit dans le Coran 28,8-9 Et la femme de Fir’awn (Pharaon) dit : « (Cet enfant) réjouira mon œil et le tien ! Ne le tuez pas. Il pourrait nous être utile ou le prendrons-nous pour enfant.’ Et ils ne pressentaient rien. »

D'après Ibn Abbas (qu'Allah les agrée), le Prophète (que la prière d'Allah et Son salut soient sur lui) a tracé quatre traits sur le sol puis il a dit: « Savez-vous ce que c'est ? » Ils ont dit: Allah et son Messager sont plus savants. Alors le Prophète (que la prière d'Allah et Son salut soient sur lui) a dit: « Les meilleures femmes du paradis sont: Khadidja Bint Khouwailid, Fatima Bint Mohamed, Maryam Bint Imran et Assia Bint Mouzahim la femme de Pharaon »[25].


Que ce soit la femme ou la fille, dans tous les cas elles étaient sous l’égide de Pharaon, un tyran qui avait décidé de faire un génocide et de tuer tous les enfants.


On remarque aussi dans le judaïsme et l’islam que la mère de Moïse, brisée de devoir abandonner son enfant dans le fleuve, se retrouve finalement à allaiter son enfant, et donc garde le lien. Elle le rend ensuite à la femme/la fille de Pharaon selon les récits, mais elle peut allaiter Moïse et donc peut garder le lien avec son fils.

Dans l’islam, Rachel, la mère de Joseph, morte en couche à la naissance de Benjamin, ressuscite pour accompagner toute la famille à ses retrouvailles en Egypte quand Joseph est gouverneur[26].


Aicha n’était pas mère. Pourtant dans le hadith qu’on a partagé sur les femmes parfaites, il est complété par : « Cependant le mérite d’Aïcha par rapport aux autres femmes est comme celui du potage aux miettes de pain par rapport aux autres mets »[27].


Parce qu’elle avait de la science et qu’elle a énormément transmis.

La stérilité dans les textes est toujours attribuée à la femme, et les commentateurs, dans leur culture patriarcale ne pouvaient pas concevoir qu’une difficulté à procréer puisse venir du partenaire masculin. En effet, dans l’Antiquité, on constatait seulement que la femme ne tombait pas enceinte[28].


En Deutéronome 28, on trouve une liste de bénédictions et de malédictions : la fécondité fait partie des bénédictions mais la stérilité est absente de la liste des malédictions. On peut conclure que la stérilité est surtout un fait humain dont la Bible ne fait pas l’économie, que ses causes n’y sont pas déterminées.

Tout est une question de destin, de rythme. Certaines femmes sont mères jeunes, d’autres tardivement. Chaque plan a sa place.


 

NOTES

[1] Grimal Pierre, La mythologie grecque. Presses Universitaires de France, « Que sais-je ? », 2003, 128 pages. [2] Galinier Martin, « Mythe et images. Georges Dumézil au miroir de l'histoire de l'art », Revue historique, 2005/1 (n° 633), pp. 3-29 [3] Loi n°50-577 du 24 mai 1950 CELEBRATION DE LA FETE DES MERES : LE DERNIER DIMANCHE DE MAI JORF du 25 mai 1950 [4] Tafsir Ibn Kathir, tome 5, commentaire du verset 8 de la sourate 13, editions Daroussalam, 2010, page 249 [5] Sahih al-Bukhari 6595 [6] traité Nida 30 [7] Genèse 3,20 [8] Genèse 3,16 [9] Mikhtav Méeliahou du Rav Dessler tome 1, page 112, et tome 2, page 138 [10] Michlé 12, 4 [11] Talmud Traité Kidouchin 30b [12] Atlan Gabrielle, « Le statut juridique de l'enfant dans la Loi juive. Journée d'études Liberté religieuse de l'enfant : Égalité ou différence de traitement ? La question particulière des discriminations au regard de la liberté religieuse de l'enfant, Maison Interuniversitai », Société, droit et religion, 2013/1 (Numéro 3), p. 195- 208. [13] Coran 112,3 [14] Mohamed-Chérif Ferjani. A propos de la notion de ’umma (oumma) : les maux d’un mot. Rémi Giraud, Sylvianne; Rétat, Pierre. Les mots de la nation, Presses universitaires de Lyon, 1996. [15] Exode 20,12 [16] Le hadith est également rapporté par An Nasai et Ibn Maja. Ibn Kathir cite en source Ahmad 5/277 et Ibn Maja 90 [17] Sahih muslim, tome 6 des éditions Al hadith en 6 tomes, dans le livre de la bienfaisance, des liens de parenté et des bienséances, chapitre 6 du maintien des liens de parenté et de l’interdiction de les rompre, hadith n° 2557 [18] Ephésiens 6:1-3 [19] Genèse 30,1 [20] Isaie 54, 1 [21] Al-Bukhari 5971 [22] G. BRUNET, Essai sur l’Isaïe de l’histoire, Paris, éd. A. & J. Picard, 1975, p. 55-77 [23] Radermakers Jean, « La mère de l’Emmanuel », Nouvelle revue théologique, 2006/4 (Tome 128), p. 529-545 [24] 19,23 Puis les douleurs de l'enfantement l'amenèrent au tronc du palmier, et elle dit: « Malheur à moi ! Que je fusse morte avant cet instant ! Et que je fusse totalement oubliée ! » [25] (Rapporté par Ahmed et authentifié par l'imam Nawawi dans Tahdhib Al Asma Wal Loughat 2/341 et par Cheikh Albani dans Silsila Sahiha n°1508) [26] Ibn Kathir, Histoires des prophètes, page 329 [27] Sahih de Boukhari, vol. 5. Livre 62. [28] Lydie Bodiou, Pierre Brulé et Laurence PIERINI, « En Grèce antique, la douloureuse obligation de la maternité », Clio. Histoire‚ femmes et sociétés [En ligne], 21 | 2005, 21 | 2005, 17-42.