LA FÊTE DES PERES

Nous pensons souvent aux mères et à leur récit dans nos Livres Saints. Yokebed qui abandonnait Moïse pour le sauver, Marie qui a enfanté sans avoir connu d'hommes, Sarah, Rachel, ou Elisabeth qui stériles, implorent Dieu pour devenir mères…


Et les pères ?



Abraham doit sacrifier son enfant, celui qu'il a mis tant de temps à avoir , pour Dieu.

Etre père, c'est tout donner pour son enfant mais être croyant et soumis à Dieu, c'est tout donner pour Lui. Quel exemple de foi de la part d'Abraham, celui que certains appellent « le père du monothéisme ».


Au moment de mourir, Jacob donne à chacun de ses fils un discours avec des conseils pour qu'ils puissent évoluer dans la vie sans leur père.


Genèse 49,1 Jacob appela ses fils, et dit: Assemblez-vous, et je vous annoncerai ce qui vous arrivera dans la suite des temps.


Tout comme dans le Coran, Luqman donne également des conseils à son fils.


31,13 « Et lorsque Luqmân dit à son fils tout en l'exhortant: « Ô mon fils, ne donne pas d'associé à Allah, car l'association à [Allah] est vraiment une injustice énorme. »

14 Nous avons commandé à l'homme [la bienfaisance envers] ses père et mère; sa mère l'a porté [subissant pour lui] peine sur peine: son sevrage a lieu à deux ans. « Sois reconnaissant envers Moi ainsi qu'envers tes parents. Vers Moi est la destination.

15 Et si tous deux te forcent à M'associer ce dont tu n'as aucune connaissance, alors ne leur obéis pas; mais reste avec eux ici-bas de façon convenable. Et suis le sentier de celui qui se tourne vers Moi. Vers Moi, ensuite, est votre retour, et alors Je vous informerai de ce que vous faisiez. »

16 « Ô mon enfant, fût-ce le poids d'un grain de moutarde, au fond d'un rocher, ou dans les cieux ou dans la terre, Allah le fera venir. Allah est infiniment Doux et Parfaitement Connaisseur.

17 Ô mon enfant accomplis la Salat, commande le convenable, interdis le blâmable et endure ce qui t'arrive avec patience. Telle est la résolution à prendre dans toute entreprise !

18 Et ne détourne pas ton visage des hommes, et ne foule pas la terre avec arrogance: car Allah n'aime pas le présomptueux plein de gloriole.

19 Sois modeste dans ta démarche, et baisse ta voix, car la plus détestée des voix, c'est bien la voix des ânes. » »


ABRAHAM


Abraham, Avraham, Ibrahim, est considéré comme le « père du monothéisme », et en ce sens on parle de « religions abrahamique ». On utilise cette expression car Abraham est le père d’Isaac, dont descendent les juifs et Ismael, dont descendent les arabes. D’ailleurs dans les Midrashim et le Talmud, il est appelé Avraham Avinou - Avraham, notre père[1].

"Avraham" fait allusion au fait qu'Avraham est AV = le père de HAMon Goyim = de plusieurs nations. La lettre Rèch se trouve dans le prénom; elle fait allusion à HaRam (Ur), sa ville natale car il "régnait" sur cette ville et grâce à ses actions méritoires, il devint le père du monde. Selon Rabbi Avraham Ibn Ezra, la lettre Rèch ajoutée au préfixe AV donne le mot Abir = chef, courageux, etc[2].

L’élément marquant de la paternité d’Abraham reste le sacrifice de son fils. C’est un récit qui est commun aux trois religions, avec le fait qu’Isaac soit nommé expressément dans la Torah et que dans l’islam il y a divergence : certains ulémas disent qu'il s'agissait de Ismaël (sur lui soit la paix). Cet avis est relaté notamment de Ibn Omar, Abû Hurayra, al-Hassan al-Basrî, Mujâhid, Sa'ïd ibn ul-Mussayyib, ar-Rabî' ibn Anas, Muhammad ibn Ka'b al-Qurazî, al-Kalbî. D'autres ulémas disent que c'était Isaac (sur lui soit la paix). Cet avis est relaté entre autres de Ibn Mas'ûd, Qatâda, Mas'rûq, 'Ikrima, 'Atâ, Muqâtil, az-Zuhrî, At Tabari, Al Qurtubi[3].

Dans la Torah, on lit en Genèse 22 1-14 Abraham dit à ses serviteurs : « Moi et le garçon nous irons jusque là-bas pour adorer, puis nous reviendrons vers vous. » Abraham prit le bois pour l’holocauste et le chargea sur son fils Isaac ; il prit le feu et le couteau, et tous deux s’en allèrent ensemble. Isaac dit à son père Abraham : « Mon père ! – Eh bien, mon fils ? » Isaac reprit : « Voilà le feu et le bois, mais où est l’agneau pour l’holocauste ? » Abraham répondit : « Dieu saura bien trouver l’agneau pour l’holocauste, mon fils. » Et ils s’en allaient tous les deux ensemble. Abraham et Isaac arrivèrent à l’endroit que Dieu avait indiqué. Abraham y bâtit l’autel et disposa le bois ; puis il lia son fils Isaac et le mit sur l’autel, par-dessus le bois. Abraham étendit la main et saisit le couteau pour immoler son fils. Mais l’ange du Seigneur l’appela du haut du ciel et dit : « Abraham ! Abraham ! » Il répondit : « Me voici ! » L’ange lui dit : « Ne porte pas la main sur le garçon ! Ne lui fais aucun mal ! Je sais maintenant que tu crains Dieu : tu ne m’as pas refusé ton fils, ton unique. » Abraham leva les yeux et vit un bélier retenu par les cornes dans un buisson. Il alla prendre le bélier et l’offrit en holocauste à la place de son fils. Abraham donna à ce lieu le nom de « Le-Seigneur-voit ». On l’appelle aujourd’hui : « Sur-le-mont-le-Seigneur-est-vu. »


On lit dans le Coran sourate 37, 102-110 : « Lorsque son fils fut en âge de se diriger, Abraham lui dit: «O mon fils, j’ai rêvé que je t’immolais en sacrifice. Qu’en penses-tu?» O mon père, lui dit son fils exécute ce qui t’est ordonné. Je serai courageux s’il plait à Allah»


Dans les commentaires coraniques, on lit : ils s’étaient résignés et Abraham lui avait déjà couché le front contre terre quand nous lui criâmes: «O Abraham! tu as exécuté ton rêve. Nous, de notre côté, nous secourons les hommes de bien. C’était là une dure épreuve. Nous rachetâmes l’enfant contre une victime de grande valeur. Nous laissâmes subsister la postérité d’Abraham. Que le salut soit sur lui. C’est ainsi que nous secourons les gens de bien.

«Oubaid Ben ‘Oumair a dit : Le rêve du Prophète est une révélation -ou une inspiration Abraham fut ordonné d’immoler son fils pour éprouver sa patience et sa résignation en obtempérant aux ordres divins, et à l’ordre de son père. Il lui répondit : «exécute ce qui t’est ordonné». Quant à moi, je patienterai et j’espérerai ma récompense de Dieu. Il fut sincère en répondant à son père, et Dieu a dit de lui! « Et mentionne Ismaël, dans le Livre. Il était fidèle à ses promesses; et c'était un Messager et un prophète.» (Coran 19, 54)[4].


«On s’étaient résignés et Abraham lui avait déjà couché le front contre terre». Cette résignation, comme ont avancé les exégètes, fut une soumission à Dieu: le père en sacrifiant son fils, et ce dernier en demandant le martyre.


Ibn Abbas a raconté: «Abraham fut ordonné de faire quelques rites avant l’égorgement de son fils. Le premier fut le parcours, et le démon survint pour l’empêcher mais Abraham put le devancer et l’emporta sur lui. Puis Gabriel mena Abraham à Jamarat AI-‘Aqaba, mais comme le démon le devança, Abraham le lapida par sept cailloux et le chassa, et ce fut le même auprès de la Jamarat Moyenne. Ces rites terminés, il renversa son fils sur le front alors qu’lsmaël portait une chemise blanche. Il lui dit: «Père, comme je ne porte que cette chemise, laisse-moi l’ôter afin qu’il me serve un linceul une fois mort. A ce moment-là une voix interpella Abraham de derrière: «O Abraham, tu as exécuté ton rêve». Il regarda derrière lui pour trouver un bélier blanc, cornu et aux prunelles noires». Dans une autre version, As Souddy a dit: «Abraham passa plusieurs fois le couteau sur le cou d’Ismaël sans toutefois réussir à le couper, car il y avait comme une plaque de cuivre qui l’empêcha de le faire, c’est alors que la voix interpella Abraham pour lui indiquer qu’il y a derrière lui un bélier[5].


Le récit coranique mentionne explicitement la relation très conflictuelle qu’avait Abraham et son père. Lorsqu’il dit à son père : « Ô mon père! Pourquoi adores-tu ce qui ne peut ni entendre ni voir et qui ne te profite en rien? Ô mon père! Il m’a été révélé un savoir qui ne t’est jamais parvenu. Suis-moi donc, je te guiderai sur un droit chemin. » (Coran 19,41-43)

« Son père dit : « Prendrais-tu en aversion mes divinités, ô Abraham? Si tu ne cesses pas, je te lapiderai sûrement. Éloigne-toi de moi, et pour longtemps! » (Coran 19,46)


Dans le Talmud, on lit plus ou moins la même histoire : profitant de l'absence de son père Terah, Abraham a brisé toutes les idoles, épargnant la plus grande d'entre elles pour lui faire porter, aux yeux du père, la responsabilité du massacre. En effet, il souhaite tendre un piège à son père. Il dit à son père « les idoles se sont battues elles-mêmes et se sont entretuées ». Terah, apprenant de la bouche de son fils que, dans sa boutique, les idoles se sont battues, lance à Abraham : « Mais ne sais-tu donc pas, fils stupide, que les idoles que je vends sont absolument inertes? ». Et ainsi, il est forcé d’admettre ce que lui dit Abraham depuis le début[6].

L’histoire d’Abraham est l’histoire d’un fils en conflit avec son père. Dans l’islam, c’est l’histoire d’un fils que son père veut tuer, mais qui est sauvé par Dieu : le père d’Abraham prépare une fournaise destinée à le tuer, mais Dieu fait que cette fournaise devient fraicheur.

C’est aussi l’histoire d’un père qui a du mal à le devenir : il est très âgé lorsqu’il a son premier garçon Ismaël et plus encore lorsqu’il a son deuxième garçon Isaac.

C’est également l’histoire d’un père qui abandonne son enfant dans le désert (Ismaël) et qui est appelé à sacrifier son enfant (Isaac/Ismaël).

L’histoire de la paternité d’Abraham est complexe : mais celui qui est nommé le père du monothéisme a finalement, des milliers d’années plus tard, toujours une postérité de croyants derrière lui. Patriarche par excellence[7], Abraham est donc vu comme un père aux yeux des croyants, et est, selon l’islam, considéré comme étant le père des enfants du Paradis. D'après Abou Houreira (qu'Allah l'agrée), le Prophète (que la prière d'Allah et Son salut soient sur lui) a dit: « Les enfants morts des musulmans sont dans le paradis, c'est Ibrahim qui s'occupe d'eux ». (Rapporté par Ahmed et authentifié par Cheikh Albani dans Silsila Sahiha n°603)


MUHAMMAD


Il est connu que le prophète Muhammad ﷺ a eu plusieurs enfants.


La plupart des historiens s’accordent à dire que les fils du Prophète Muhammad ﷺ étaient trois :

– Al-Qaçim. Le prophète ﷺ était dans le marché lorsqu`un homme dit : Ô Aba al Qassim". Le prophète ﷺ se retourna vers lui (dans une version l`homme lui dit : "je ne te désignais pas) et dit : "c`est ainsi que j`ai été appelé". (...)[8]

– ‘AbduLlâh. – Ibrahim. Ibrahim décéda à deux ans en l’an 10 de l’hégire et fut enterré au cimetière de Baqii. Il est rapporté que son décès entraina énormément de tristesse chez le Prophète ﷺ comme en témoigne ce Hadith : « Les yeux versent leurs larmes, le cœur est meurtri de tristesse, mais malgré cela, nous ne prononçons que ce qui plaît à notre Seigneur. Certainement, nous sommes tristes de devoir te quitter, ô Ibrahim ! »[9].


Selon l’unanimité des historiens et des Muhaddithin, Muhammad ﷺ a quatre filles : Zaynab, Ruqayyah, Umm Khalthum et Fatima az-Zahra.


Ruqayyah fut d’abord mariée à Utbah ibn Abi Lahab, mais elle le quitta après la révélation de la sourate 111, Al Massad, qui parle d'Abu Lahab. On lit dans les commentaires coraniques que dans le but de se venger de la révélation coranique, Abu Lahab demanda à ses fils Utbah et Uteybah de divorcer des filles du Prophète ﷺ. Sans que les mariages aient été consommés, les fils d’Abu Lahab divorcèrent de leurs épouses. Ruqayyah se maria alors avec ‘Uthman ibn Affan à la Mecque avec qui elle émigra en Abyssinie puis à Médine.


Tous les enfants de Muhammad ﷺ ont pour mère Khadija à l’exception de Ibrahim.


D'après Ibn Abbas, le Prophète ﷺ a tracé quatre traits sur le sol puis il a dit: « Savez-vous ce que c'est ? » Ils ont dit: Allah et son Messager sont plus savants. Alors le Prophète ﷺ a dit: « Les meilleures femmes du paradis sont: Khadidja Bint Khouwailid, Fatima Bint Mohamed, Maryam Bint Imran et Assia Bint Mouzahim la femme de Pharaon »[10]. L’étendue de l’amour du Prophète pour elle était au-delà des limites normales. Par exemple, le Prophète ﷺ disait : « Fatima est une partie de moi, celui qui la courrouce me courrouce »[11]. Aussi, si le Prophète ﷺ était assis et que Fatima az-Zahra entrait, à chaque fois il se levait et l’embrassait sur le front, entre ses yeux et il lui cédait sa place. Et par conséquent, lorsqu’il fut sur le point de mourir, elle s’en aperçut, car il était incapable de se lever pour l’embrasser[12].


D'après Ya'la Al 'Amari : Al Hassan et Al Husseyn sont allés en courant vers le Prophète ﷺ qui les a serré contre lui et il a dit alors: « Certes l'enfant rend avare et peureux »[13]. C'est à dire que l'enfant est une cause qui entraîne chez les parents l'avarice et la peur. En effet, les parents ne veulent plus dépenser de leur argent afin de le laisser à l'enfant et ne veulent plus participer aux expéditions militaires par amour pour lui[14].

Lorsqu’elle avait 28 ans, son père mourut ﷺ .

Selon Masrouq, ‘Aïcha a dit : « Fatima, la fille du Prophète ﷺ s’approcha en marchant comme le faisait le Prophète : – Bienvenue ma fille, dit celui-ci, en l’installant à sa droite. Puis, il lui dit quelque chose secrètement et elle se mit à pleurer. – Pourquoi pleures-tu ? Lui demandai-je. Le Prophète lui dit encore un secret et elle se mit à rire, cette fois-ci. – Je n’ai jamais vu jusqu’à ce jour, quelqu’un passer aussi rapidement du rire au chagrin, dit ‘Aïcha, j’allai donc lui demander ce que lui avait confié le Prophète ﷺ. – Je ne suis pas, me répondit-elle, de celle qui dévoile un secret de l’Envoyé d’Allah. » « Après la mort du Prophète ﷺ, je questionnai à nouveau Fatima (sur les raisons de son comportement) et elle m’expliqua : – L’Envoyé d’Allah me confia ceci : Chaque année, Gabriel m’enseigne le Coran une fois mais cette année il le fit à deux reprises. – S’il a agi ainsi, c’est que ma mort doit être proche et toi (Fatima) tu seras le premier membre de ma famille à me suivre (dans la mort). J’ai alors pleuré. – N’es-tu pas contente, poursuivit le Prophète, de devenir la reine des femmes du Paradis ? (ou suivant une autre version) la reine des femmes des Croyants ? Et alors j’ai ri.[15]»

Le prophète Muhammad ﷺ, c’est l’histoire d’un homme qui fut éprouvé en qualité de père mais qui a reçu une fille aimante, avec qui il a entretenu une relation tendre. Cela rappellera à beaucoup de lectrices (je l’espère), la relation qu’elles auront avec leur père, qui est à la fois protecteur mais également démonstratif quand il le faut. Comme Muhammad ﷺ.


JOSEPH


Que sait-on de Joseph? Comment est-il présenté ? Il est désigné d'abord comme "l'époux de Marie" (Mt 1, 16.18.19). Fiancé à celle-ci, ne menant pas encore de vie commune avec elle, il n'intervient donc pas dans la conception de Jésus. Lorsque Marie est enceinte, il ne la répudie pas comme la Loi le demande, parce que, nous dit Matthieu, son attitude est celle "d’un homme juste" (Mt 1, 19).


On sait qu'il est charpentier à Nazareth et le métier de charpentier est alors hautement estimé pour sa compétence et son utilité. Joseph doit épouser Marie, mais ils n'habitent pas ensemble au temps de la conception. Joseph permet d'abord à Jésus d'avoir un nom (Mt 1, 21.25), il le protège en le soustrayant ensuite à la colère d'Hérode (fuite en Égypte, Mt 1, 14) et l'emmène enfin à Nazareth où il va grandir (Mt 1, 23). Joseph est juste à cause de sa foi : il croit l'impossible - Marie enceinte sous l'action de l'Esprit-Saint -.


Il est considéré comme le père de Jésus et c'est lui qui l'emmène en Égypte pour le protéger des menaces d'Hérode, puis qui le ramène en terre d'Israël. Il s'inquiète, à juste titre, de la fugue de Jésus qui, à douze ans, reste à Jérusalem sans prévenir ses parents. Quand ils le retrouvent au Temple, lui ne dit rien, c'est Marie qui parle : «Ton père et moi, nous te cherchons tout angoissés» (Luc 2,48).

Dans les Evangiles, on ne lit pas de paroles de Joseph. Ce qu’on lit, c’est qu’il a reçu l’annonce d’un ange en songe qui lui parle de l’arrivée de Jésus et de sa conception miraculeuse. Il s’est ainsi affairé à accomplir la mission demandée par Dieu : prendre Marie pour épouse et veiller sur l’enfant Jésus qui va naître.

Tel un père, il initie Jésus au travail de charpentier et Jésus lui-même est appelé tantôt le charpentier (Marc 6, 3), tantôt le fils du charpentier (Matthieu 13, 55) ou le fils de Joseph (Luc 4, 22 et Jean 1, 45).

Dans les récits de la vie publique de Jésus, on ne parle plus de Joseph et on en conclut qu'il était mort. Joseph reste en tous cas une belle image de père, attentif aux messages de Dieu, soucieux de sa famille, travailleur efficace, discret et silencieux, mais très présent.


NOE


L’histoire coranique de Noé nous présente une particularité : elle nous replace dans le contexte du Déluge, et apporte une nouveauté non présente dans la Torah.


Les croyants montèrent à bord de l’arche. « Et il dit : « Montez dedans! Que sa course et son mouillage soient au nom de Dieu. Certes, mon Seigneur est Pardonneur et Miséricordieux.» Et l’arche vogua en les emportant au milieu de vagues (hautes) comme des montagnes. » (Coran 11,41-42)

Malheureusement, on lit ensuite « Noé appela alors son fils, qui était resté au loin : « Ô mon fils! Monte avec nous et ne reste pas avec les mécréants! » Mais (son fils) répondit : « Je vais me réfugier sur un mont; j’y serai à l’abri de l’eau! »


Noé lui dit : « Rien ne peut te sauver, aujourd’hui, contre l’ordre de Dieu; (tous périront) sauf celui à qui Il fait miséricorde! » C’est alors que les vagues s’interposèrent entre eux; le fils (de Noé) fut englouti. » (Coran 11,42-43)

On imagine Noé, avec la douleur d’un père, qui voit son enfant périr sous ses yeux. Noé implore alors Dieu de laisser son fils en vie. « Seigneur! Certes, mon fils fait partie de ma famille ! Ta promesse est vérité et Tu es le plus juste des juges. » (Coran 11,45)

Mais Dieu répond : « (Dieu) dit : « Ô Noé! Il n’est pas de ta famille, car il s’est conduit de façon infâme. Ne m’interroge pas sur ces choses dont tu n’as aucune connaissance. Je t’exhorte afin que tu ne sois pas du nombre des ignorants. » (Coran 11,46)


Noé comprit. Alors il dit : « Seigneur! Je cherche refuge auprès de Toi (contre le péché) de T’interroger sur des choses dont je n’ai aucune connaissance. À moins que Tu ne me pardonnes et me fasses miséricorde, je serai du nombre des perdants. » (Coran 11,47)


Noé, c’est ce père qui rejoint Abraham dans l’épreuve de la mort et de la foi. A la différence qu’Ismaël possède lui aussi la foi et donc obtient la récompense de la vie, et que le fils de Noé, lui, n’étant pas croyant et reniant le message de son propre père, est condamné à la mort.

C’est aussi l’allégorie de l’obéissance aux parents si chère aux religions. Quelque fois, les parents souhaitent que les enfants les suivent, obéissent. Cela ne semble pas toujours pertinent, juste. On ne possède peut-être pas les mêmes convictions, croyances, quand on est en âge de s’affirmer. Mais souvent, les parents savent mieux que les enfants ce qui est bon pour eux.


Le fils de Noé n’a pas voulu écouter son père, il en a payé le prix cher.


ZACHARIE


Zacharie est le père de Jean (Baptiste). C’est aussi Zakariyya, le père de Yahya. Zacharie et sa femme n’avaient pas d’enfants.


On lit dans l’Evangile de Luc au chapitre 1,05 Il y avait, au temps d’Hérode le Grand, roi de Judée, un prêtre du groupe d’Abia, nommé Zacharie. Sa femme aussi était descendante d’Aaron ; elle s’appelait Élisabeth. 06 Ils étaient l’un et l’autre des justes devant Dieu : ils suivaient tous les commandements et les préceptes du Seigneur de façon irréprochable. 07 Ils n’avaient pas d’enfant, car Élisabeth était stérile et, de plus, ils étaient l’un et l’autre avancés en âge.


Le Coran précise que Zacharie a énormément invoqué :

3,38 Alors, Zakariyya pria son Seigneur, et dit: « Ô mon Seigneur, donne-moi, venant de Toi, une excellente descendance. Car Tu es Celui qui entend bien la prière. 39 Alors, les Anges l'appelèrent pendant que, debout, il priait dans le Sanctuaire: « Voilà qu'Allah t'annonce la naissance de Yahya, confirmateur d'une parole d'Allah. Il sera un chef, un chaste, un prophète et du nombre des gens de bien. »


Dans l’Evangile de Luc, on lit : 13 L’ange lui dit : « Sois sans crainte, Zacharie, car ta supplication a été exaucée : ta femme Élisabeth mettra au monde pour toi un fils, et tu lui donneras le nom de Jean. 14 Tu seras dans la joie et l’allégresse, et beaucoup se réjouiront de sa naissance, 15 car il sera grand devant le Seigneur. Il ne boira pas de vin ni de boisson forte, et il sera rempli d’Esprit Saint dès le ventre de sa mère ; 16 il fera revenir de nombreux fils d’Israël au Seigneur leur Dieu ; 17 il marchera devant, en présence du Seigneur, avec l’esprit et la puissance du prophète Élie, pour faire revenir le cœur des pères vers leurs enfants, ramener les rebelles à la sagesse des justes, et préparer au Seigneur un peuple bien disposé. » 18 Alors Zacharie dit à l’ange : « Comment vais-je savoir que cela arrivera ? Moi, en effet, je suis un vieillard et ma femme est avancée en âge. » 19 L’ange lui répondit : « Je suis Gabriel et je me tiens en présence de Dieu. J’ai été envoyé pour te parler et pour t’annoncer cette bonne nouvelle.

On s’imagine que Zacharie aurait souhaité hurler de joie, lui qui voit son invocation exaucée.

Mais au lieu de ça, dans l’Evangile de Luc l’ange lui dit : « 1,20 Mais voici que tu seras réduit au silence et, jusqu’au jour où cela se réalisera, tu ne pourras plus parler, parce que tu n’as pas cru à mes paroles ; celles-ci s’accompliront en leur temps. »


Dans le Coran, c’est Allah qui parle directement à Zakariyya.

On lit : 19, 10. « Ô mon Seigneur, dit Zakariyya, accorde-moi un signe ». « Ton signe, dit [Allah,] sera que tu ne pourras pas parler aux gens pendant trois nuits tout en étant bien portant. »

Quand l’enfant nait, on lit dans l’Evangile de Luc 1,59 Le huitième jour, ils vinrent pour la circoncision de l’enfant. Ils voulaient l’appeler Zacharie, du nom de son père. 60 Mais sa mère prit la parole et déclara : « Non, il s’appellera Jean. » 61 On lui dit : « Personne dans ta famille ne porte ce nom-là ! » 62 On demandait par signes au père comment il voulait l’appeler. 63 Il se fit donner une tablette sur laquelle il écrivit : « Jean est son nom. » Et tout le monde en fut étonné.


Cela est également mentionné dans le Coran :

19,7. « Ô Zakariyya, Nous t'annonçons la bonne nouvelle d'un fils. Son nom sera Yahya. Nous ne lui avons pas donné auparavant d'homonyme ».


Dans l'Evangile, au moment où Jean est nommé, Zacharie retrouve la parole. 1,64 À l’instant même, sa bouche s’ouvrit, sa langue se délia : il parlait et il bénissait Dieu.

Dans le Coran, c’est Zakariyya qui a gardé Marie, la mère de Jésus, lorsqu’elle était jeune, car la mère de Meriem avait promis à Dieu de Lui consacrer son enfant.


3,37 Son Seigneur l'agréa alors du bon agrément, la fit croître en belle croissance. Et Il en confia la garde à Zakariyya. Chaque fois que celui-ci entrait auprès d'elle dans le Sanctuaire, il trouvait près d'elle de la nourriture. Il dit: « Ô Meriem, d'où te vient cette nourriture ? » -Elle dit: « Cela me vient d'Allah. » Il donne certes la nourriture à qui Il veut sans compter.

Zacharie c’est le père exaucé, gratifié d’un fils sage, prophète, éminent. C’est également celui qui garde Marie, la mère du Messie, et qui lui assure une belle enfance. Il est entouré d’enfants prodigieux, à la hauteur de ses qualités.


 

NOTES

[1] Talmud Erouvin 53a, Talmud Nédarim 31b, Pirké Derabbi Eliézer, chapitre 32 [2] commentaire de Rachi sur la Genèse, chapitre 17, verset 5 [3] Tafsîr Ibn Kathîr, exégèse de la sourate 37, volume 4, page 19, éditions Darousalam [4] Tafsîr Ibn Kathîr, exégèse de la sourate 37, volume 4, page 22, éditions Darousalam [5] Même source [6] Rama, Ora'h 'Haïm 139, 3 / Michna Beroura, note 11 [7] Vocabulaire hébraïque de la parenté, Francine Kaufmann, Pardès 2020/1 (N° 66), pages 63 à 68 [8] Rapporté par Boukhari dans son Sahih n°6197 [9] Boukhari 1220 et Muslim 4279 [10] Rapporté par Ahmed et authentifié par l'imam Nawawi dans Tahdhib Al Asma Wal Loughat 2/341 et par Cheikh Albani dans Silsila Sahiha n°1508 [11] (Sahih Boukhari Hadith n° 909) [12] Fatima Az-Zahra - la fille bien-aimée du prophète - 'abd as-sattar ash-shaykh [13] Rapporté par Ibn Maja dans ses Sounan n°3666 et authentifié par Cheikh Albani dans sa correction de Sounan Ibn Maja [14] Hachiya Souyouti 'Ala Sounan Ibn Maja [15] Sahih al-Bukhari 3623, 3624