CHAPITRE 34 : UN PARRAIN ET UNE MARRAINE

Mis à jour : mars 22


Si aujourd'hui le rôle de parrain et marraine est davantage symbolique que religieux, que signifiait à la base " être parrain ou marraine " ?



Tout d'abord, dans le christianisme, le parrain et la marraine jouent un rôle dès le baptême. Ils sont en général désignés à la naissance de l'enfant, fille ou garçon. Durant le baptême catholique, le parrain ou la marraine est appelé(e) à professer la foi de l’Eglise catholique, il est donc demandé que celui-ci soit de confession catholique. Il faut également qu'il ou qu'elle soit âgé(e) de plus de 16 ans.


La tradition des parrains et marraines, au sens chrétien, remonte au IIe siècle. Elle est donc très ancienne et mentionnée dans le Corpus iuris civilis de Justinien (VIe siècle). A cette source se sont mêlées des traditions médiévales permettant à un vassal de rembourser une dette par un engagement d’attention auprès des enfants du suzerain… Donc assez loin du sujet qui nous préoccupe.


De base, un parrain et une marraine s’engagent à prendre soin de leur filleul et, très précisément, à veiller à ce qu’il soit éduqué dans la foi chrétienne, en plus des parents ou à leur place si ces derniers sont défaillants. Tous ceux qui, dans la Bible, prennent soin d’un orphelin – et il va de soi que cela inclut la dimension d’éducation religieuse, cela allait sans dire dans la mentalité de l’époque – jouent donc en partie ce rôle. Et on sait à quel point secourir la veuve et l’orphelin sont des impératifs dans la Loi de Moïse. Dans le Nouveau Testament, tous ceux qui instruisent en particulier un disciple pour l’amener au baptême sont des préfigurations du rôle de parrain. On peut penser à Paul vis-à-vis de Timothée et Tite, par exemple.


Puisqu'en effet, la première mission des parrains et marraines " consiste à aider les parents afin que l’enfant parvienne un jour à professer la foi et l’exprimer dans sa vie. "


Lorsqu’il grandit, il s’agit de répondre à ses interrogations, accueillir ses doutes, veiller à ce qu’il bénéficie de cours de catéchisme, de la grâce des sacrements, et être présent lors des grandes étapes de sa vie chrétienne : première communion, profession de foi, confirmation. Etre parrain, marraine, c’est devenir auprès de lui un témoin de la foi, c’est essayer d’incarner un modèle de vie chrétienne, et montrer ainsi que le baptême engage pour toute la vie.


Aujourd’hui, cette tradition chrétienne s’est élargie au monde laïc et on voit de plus en plus de parrains et marraines républicains. Le baptême civil n'est prévu par aucun texte. Il n'a pas de valeur légale et ne lie pas les parrains et/ou marraines par un lien contractuel. L'engagement qu'ils prennent de suppléer les parents, en cas de défaillance ou de disparition, est symbolique. Il s'agit d'un engagement moral d'ordre purement privé. Le baptême civil se pratique à la mairie. Toutefois, comme il n'a pas de valeur légale, les mairies ne sont pas obligées de le célébrer et il n'y a pas de cérémonial préétabli.


Rappel : s'il était question autrefois d'un rôle de parent de substitution permettant l'adoption ou l'accueil de l'enfant s'il arrivait malheur aux parents, ce rôle n’existe plus aujourd’hui. En aucun cas s’il arrive quoi que ce soit aux deux parents, le parrain ou la marraine peut avoir la garde de son filleul, de droit. Il faut pour cela effectuer des démarches administratives, puisque le statut civil ou religieux ne suffit pas.


POINT CULTURE : JUDAISME




On parle du terme " parrain " lors de la brit mila, la circoncision, du petit garçon juif. Le "sandak " est le parrain spirituel qui a un rôle important : c'est lui qui tient l’enfant sur ses genoux lors de la cérémonie. On lit dans le midrash que le Sandak de Abraham quand il a fait la brit mila est Dieu lui-même !


Le Sandak a le mérite de siéger à côté d’Eliahou, le prophète Elie présent lors de chaque Brit Mila (souvent comparé à un ange). Le grand père a prédominance pour être Sandak : chez les séfarades, on choisit le grand-père paternel pour le 1er garçon et le grand-père maternel pour le 2ème. C'est l'inverse chez les ashkénazes, on choisit le grand-père maternel pour le 1er garçon et le grand-père paternel pour le 2ème .


Il s'agit vraiment d'un rôle fixe, pour la circoncision, qui est tout à fait différent du rôle de parrain ou marraine dans le christianisme.


S'il n'existe pas de baptême dans l'islam, la circoncision est elle aussi la marque de l'alliance entre le nouveau-né et Dieu, mais il n'y a pas de " parrain " ou de personne qui joue un rôle spécial en dehors de celui qui pratique l'acte de circoncire. On ne parle donc pas de parrain ou de marraine en islam, l'islam considérant que la Umma, la communauté, est éducatrice et que donc chaque membre doit jouer un rôle éducatif religieux auprès de chaque enfant de la communauté.



NOTES

Cela est rappelé dans le code de droit canonique, Can. 873

₂ Quelques éclaircissements sur le parrain et le témoin de baptême, par Éric Besson dans L'Année canonique 2014/1 (Tome LVI)

₃ Le défi du baptême par Gérard Siegwalt dans Études théologiques et religieuses 2012/3 (Tome 87)

₄ Les évolutions du baptême en France au XIXe siècle par Vincent Gourdon dans Accueillir le nouveau-né, d'hier à aujourd'hui (2013), page 257

Guemara Yoma 26a

₆ Otsar Haberit, volume 1, pages 192-193

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