CHAPITRE 45 : LE 1ER AVRIL, L'HUMOUR DANS LES RELIGIONS




Pour comprendre comment est née la tradition du 1er avril, il faut remonter au XVIe siècle. A l'époque le nouvel an est célébré à des dates différentes en fonction des régions, ici le 25 décembre, là le jour de Pâques, même si le 25 mars est la date choisie par le plus grand nombre. Le 9 août 1564, le roi Charles IX promulgue l'Édit de Roussillon qui fixe finalement au 1er janvier la date de début de l'année calendaire. Une mesure qui ne sera adoptée dans l'ensemble du monde catholique qu'un siècle plus tard grâce au pape Grégoire XV. Les Français, qui avaient jusqu'ici l'habitude de se faire des cadeaux entre le 25 mars et le 1er avril pour célébrer le passage à l'année nouvelle vont continuer à le faire "pour rire". Les étrennes vont peu à peu se transformer en faux cadeaux puis en plaisanteries, de bon ou mauvais goût. D'ailleurs, je vous invite à consulter le chapitre 37 pour en savoir plus sur les calendriers.


Le 1er avril est donc resté comme "le jour de la blague" où on s'accroche des poissons dans le dos (je n'ai pas trouvé de sources sur le sujet, que des articles tirés d'Internet sans sources donc je ne mentionne pas l'origine ici) et où on plaisante volontiers.


Mais qu'en est-il de l'humour, des blagues, dans les religions ?


Une histoire citée dans le Talmud rapporte que Rav Brocca se trouvait au marché, et, en regardant la foule colorée qui y déambulait, s’était posé la question de savoir lequel de tous ces hommes était destiné au Monde Futur (Au-delà). Le prophète Eli, avec lequel il avait fréquemment des échanges, se révéla alors à lui et lui dévoila : “Tu vois ces deux hommes là-bas dans la foule ? Et bien ils sont méritants du ‘Olam Haba (du Monde Futur)…” Rabbi Brocca, curieux d’apprendre les critères exacts de l’entrée au Monde Futur, s’approcha d’eux et les questionna : “Chalom ‘Alékhèm, racontez-moi de quoi est faite votre journée…”. Les deux répliquèrent : “Rabbi, nous sommes frères, et nous sommes des personnes joviales, et, chaque fois que l’on croise un homme triste, abattu, préoccupé, nous engageons la conversation et nous commençons à le faire rire. Si l’on voit des gens qui se disputent, là aussi, nous faisons tout notre possible pour alléger l'atmosphère, nous les faisons rire, et, en fin de compte, ils font la paix.” Rabbi Brocca écouta avec grande attention. C'était donc cela qui octroyait à ces hommes l’insigne mérite du ‘Olam Haba : faire rire, apaiser, dérider son prochain pour lui donner force et optimisme !


Dans la Genèse, au moment où Sara et Abraham apprennent qu'ils auront Ishak (Isaac) (dont la racine du nom signifie "rire". Sara dit : « Dieu m’a donné l’occasion de rire : quiconque l’apprendra rira à mon sujet. »Rire, c’est “Tsé-’Hok”, ce qui signifie en hébreu “sortir des règles”. Rire comme Abraham, c’est croire qu’il est possible d’enfanter à 99 ans, c’est rester persuadé que tout est possible pour Dieu, peu importe les statistiques ou les prévisions. C’est aussi un rire de cet ordre-là qui va remplir de joie le jour où, selon le judaïsme, le Messie viendra et que la délivrance viendra sur le monde. “Vatis’hak Léyom A’haron” : “elle rira le jour du jugement”.


Pourtant, le rire est quelque fois critiqué dans les religions : mais est-ce l'humour en tant que tel ou l'excès ?


D'après Abou Houreira, le Prophète ﷺ a dit: « Ô Abou Houreira fait preuve de wara' tu sera ainsi le plus adorateur des gens. Sois satisfait de ce qu'Allah t'a donné tu sera ainsi le plus riche des gens. Aime pour les musulmans et les croyants ce que tu aimes pour toi et pour les membres de ta famille et déteste pour eux ce que tu détestes pour toi et pour les gens de ta famille tu sera ainsi un croyant. Pratique un bon voisinage ainsi tu sera un musulman. Et fais attention à ne pas trop rire car l'excès de rire tue le coeur ».


Il y a certains contextes où le rire n’a pas sa place. Comme dans ce commentaire par Rachi de la Torah, où Ismaël “plaisante” avec Isaac. Rachi nous dit à quelles sortes de railleries ils se livraient : il disait des grossièretés, il coupait les ailes des oiseaux et il lançait des flèches sur Isaac, ce qui manquait à chaque fois de le tuer ! Puis, il disait alors : “Mais c’était juste pour plaisanter !” Là, le commentaire nous met en garde contre une mauvaise utilisation de l’humour qui consiste à blesser les autres, se moquer d’eux, ou bien tourner en dérision des concepts importants sous couvert de “plaisanterie”.


Dans l'islam, un hadith dit : « Malheur à celui qui parle et ment pour faire rire les gens, malheur à lui, malheur à lui ». Basé sur ce Hadith, il est interdit de faire usage de mensonges pour plaisanter et s’amuser. En conséquence, chaque musulman devrait éviter ce genre de plaisanterie. Nous souhaitons attirer votre attention sur un point important, à savoir que toute plaisanterie et tout amusement, au sujet de la religion, sont absolument interdits. L’imam Ibn ‘Arabi a dit : « Se moquer de ce qui entre dans le domaine de la religion est un grand péché ». Tout humour qui contient de mauvaises paroles, de la dissolution dans les meurs ou de l’obscénité est déconseillé et va à l’encontre de la Sunnah (tradition prophétique).


Cela revient à se poser la question : peut-on rire de tout ?


C'est le père Sylvain Gasser, religion Assomptioniste, qui dit : «le rire est une forme d’humilité, à manier avec prudence : On peut glisser facilement vers la moquerie ! Il faut toujours penser au respect de la personne. Peut-être que ce n’est pas donné à tout le monde, de faire rire ! Ce qu’il faut, c’est le témoignage d’une foi heureuse et ouverte. N’empêche : l’Église a parfois du mal à se dégager d’une image triste et poussiéreuse. On ne fait pas facilement le lien entre l’humour, la joie… et la foi.»


L'humour oui. L'excès d'humour non. Celui qui prend tout à la légère, celui qui ne fait pas attention aux autres, qui ne prend pas en compte la sensibilité de chacun, qui glisse vers la grossièreté, l'humour trop sarcastique ou trop graveleux, doit faire attention à son comportement : être jovial, de bonne compagnie est un trait de caractère très apprécié, mais il faut toujours veiller à se contrôler et ne pas dépasser certaines limites fixées par le cadre religieux. Cela nécessite donc de la finesse d'esprit, de langage, de l'intelligence émotionnelle, c'est donc finalement tout un art d'être drôle !



NOTES


₁ Jean Lefort, La Saga des calendriers ou le frisson millénariste, Paris, 1998, Belin, collection « pour la science »

₂ Ta’anit, 22

₃ Rapporté par Ibn Maja et authentifié par Cheikh Albani dans Sahih Al Jami n°7833

₄ Genèse 21,6

₅ Téhilim (126,2) et Michlé 31,25

₆ Commentaire par Rachi de Genèse 21,9

₇ Rapporté par Abou Daoud dans ses Sounann°4990 et authentifié par Cheikh Albani dans sa correction de Sounan Abou Daoud

₈ Dans sa préface du livre Dieu, le pape, les chrétiens… 500 histoires drôles, de Véronique Guillaud, Éd. Bayard, avril 2011

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