CHAPITRE 42 : UN PAS SUR LE TERRAIN

L'interreligieux a été à la fois la base de mon parcours personnel spirituel (voir mon article ici ) mais également le ciment qui a conduit à exercer mon métier.


Il m'a toujours semblé incontournable dans un contexte français de trouver de la force dans le dialogue avec les autres religions. Cela s'est d'ailleurs vérifié dans les auditions sur le projet de loi séparatisme et continue de se vérifier au quotidien sur le terrain.


J'ai pourtant longtemps dit sur mes différents réseaux que je n'étais pas "fan" des évènements interreligieux, qui, quelques fois tendent vers le syncrétisme : c'est à dire considérer que nos religions sont les mêmes, que nous n'avons aucune différence etc.


C'est pourquoi je souhaite absolument revenir ici avec cet article sur quelques points en lien avec "l'interreligieux".


JUDAÏSME, CHRISTIANISME, ISLAM


Au moment de créer mon entreprise, il m'a fallu contacter des shouyoukhs, des savants, pour connaître les modalités de mon métier : puis-je l'exercer, comment, de quelle façon etc. Comme je dis souvent, la religion ce n'est pas un jeu et nous pouvons avoir l'impression d'avoir de bonnes intentions alors que finalement, religieusement ce n'est pas permis et ainsi nous causer plus de tort que de bien.


Après avoir posé mes questions, les réponses ont été :


- je peux utiliser les livres des autres si je suis suffisamment avertie de ce qu'ils contiennent, et d'un point de vue musulman, qu'ils contiennent des erreurs qui font que la base de mes recherches doit rester le Coran.

- je ne dois pas considérer la parole des autres livres comme véridiques si le Coran affirme le contraire (par exemple je peux parler de la casheroute mais considérer, si le Coran est revenu dessus, que les lois de la casheroute ne sont plus à respecter et que ce sont les lois alimentaires coraniques qu'il faut respecter)

- je ne peux pas faire de prosélytisme pour les autres religions

- je peux rentrer dans un lieu de culte à des fins culturelles ou justement pour favoriser le dialogue avec les autres dans une perspective de "bonne image" de l'islam, mais ne pas adhérer à des choses de leur culte (faire le signe de croix en rentrant, aller de moi-même à la messe de Noël, prier si il y a des représentations)

- selon le point de vue malikite, je peux enregistrer des podcasts, car ma voix n'est pas une awra, mais limiter mes apparitions en vidéo si je suis dans un environnement mixte afin de ne pas tomber dans ce que des savants considèrent comme de l'exposition. D'autres savants sont plus catégoriques sur le fait de ne pas partager mes recherches en me montrant physiquement.


Ibn al Qayyim lui considérait que celui qui connait à la fois les religions des autres et à la fois sa religion fait partie des grands savants, "les plus profitables aux hommes, les plus sincères envers eux. Ils sont les étendards et les guides de la communauté" (les méditations d'Ibn Al Qayyim, page 170).


Il en est de même pour les autres dogmes. Evidemment, si une personne choisit le judaïsme, elle considère que les deux autres religions ne sont pas le bon chemin, et se détourner DOGMATIQUEMENT de ces chemins : le Coran est faux, Jésus n'est pas reconnu comme le Fils de Dieu, et Muhammad est un faux prophète. Si une personne choisit le christianisme, elle considère également que les deux autres religions ne sont pas le bon chemin, et se détourner DOGMATIQUEMENT de ces chemins : Muhammad est un faux prophète, et les juifs sont dans l'erreur en attendant encore un Messie qui n'est pas Jésus.


C'est ni irrespectueux, ni problématique pour s'entendre avec les autres : c'est logique !


Prenons l'exemple des élections : vous vous entendez peut-être très bien avec des membres de votre famille qui pourtant votent à gauche/droite/ne votent pas alors que vous êtes un électeur convaincu, possédant peut-être même une carte de parti ! Il en est de même ici.


L'INTERRELIGIEUX, PROBLEMATIQUE ?


Lisez cet article . Il semble ici évident de comprendre pourquoi est-ce problématique : parce que dogmatiquement, cela contrevient à des règles et fait commettre à des personnes des "péchés". Je mets péché entre guillemets à cause des divergences liées à la nature du péché ici illustré. L'interreligieux quand il vient à faire commettre à des gens des péchés n'est pas une voie vers le bien et vers l'entente.


L'interreligieux, ce n'est pas considérer que nos religions sont identiques, que nous sommes pareils, que nous pouvons faire les mêmes choses sous prétexte que nous avons le même Dieu.


L'interreligieux, c'est se connaitre les uns et les autres, c'est comprendre ce qui fonde la foi et l'identité d'un juif, d'un chrétien, d'un musulman. Pourquoi est-ce important de se connaitre ? Parce qu'ensuite nous pouvons mieux nous défendre les uns et les autres. Nous connaissons nos fois, nos barrages, nos identités, nos histoires.


Hier lors de la visite de la synagogue d'élèves de 1ere et de 5eme, l'intervenante juive expliquait qu'au fur et à mesure que la vision laïcarde gagnait du terrain, certains juifs se voyaient freinés dans la poursuite de leurs études : examens au moment de Chabbat, de grandes fêtes juives. Interdiction de la circoncision en Islande, de l'abattage rituel dans quelques pays européens ...


Ce qui a permis de faire le lien avec le discours de l'imam lors de la visite de la mosquée : au fur et à mesure que la vision laïcarde gagne du terrain, certains musulmans se voient freinés dans la poursuite de leurs études avec l'interdiction du port du voile dans les établissements scolaires, dans le monde professionnel, et exclus de la société avec des endroits qui leur sont interdits s'ils portent certaines tenues.


EN QUOI CELA EST-IL UTILE ?


Hier, des parents d'élèves ont refusé que des enfants visitent la mosquée. Ces élèves n'ont donc pas participé à la journée. L'année dernière, une accompagnante a refusé d'entrer à la mosquée. Une autre de rentrer dans une église. C'est à l'image de cette société : ça ne se passe pas toujours comme on le souhaite. Pour autant, les 1100 élèves qui ont déjà participé à la journée et les 70 classes inscrites en attente de participation prouvent qu'il faut poursuivre ! Lors du débrief, les élèves ont manifesté le plaisir qu'ils ont eu de découvrir ces lieux, de pouvoir discuter et poser des questions. Ils ont pu constater que nous sommes différents, nous ne fonctionnons pas toujours de la même façon, mais pour autant nous nous entendons bien, et nous sommes même pour certains devenus de vrais amis ! C'est ici la représentation du concept de "fraternité". Loin de toutes les questions d'assimilation encore remises sur le tapis pas plus tard que ce week-end !


Les jeunes sont le futur. Ils sont encore loin, pour la plupart d'entre eux, des constructions idéologiques médiatiques. Ils vivent en groupe, l'école étant un facteur de socialisation important, ils rencontrent des personnes d'autres horizons et leurs préoccupations sont autres que celles des adultes. Le récent sondage sur la laïcité et les jeunes le montre : ils vivent dans la vraie vie. Une cour d'école est remplie de diversité. Pendant que les adultes et ceux qui interviennent dans les médias fantasment un monde qu'ils n'ont jamais connu : écoles spéciales, grandes écoles élitistes, lieux d'habitation particuliers. Le brassage social, ils ne le connaissent probablement pas, nos jeunes si !


Nos jeunes ont besoin de concret : " le vivre-ensemble ", " la laïcité " c'est une matière au programme qui leur fait avoir une bonne note s'ils recrachent la leçon. Ils ont besoin d'expérimenter. Ils ont besoin de voir, de discuter, de comprendre. Je me souviens d'une intervention avec un prêtre où le prêtre demandait " à votre avis, de quelle religion sommes-nous? " et ils ont répondu " mais on ne peut pas le savoir " alors que j'avais la tête couverte ^^ Amusant, certes, mais surtout révélateur. L'interreligieux, c'est une façon de leur montrer qu'on peut rester dans sa case mais s'ouvrir aux autres pour former un bloc. L'union fait la force comme on dit. L'interreligieux est aussi une façon de leur montrer que historiquement les relations n'ont pas toujours été au beau fixe entre nous, mais qu'aujourd'hui en 2021 nous avançons ensemble, et que les rancœurs ne doivent pas persister : nous n'avons pas participé aux désastres qui se sont déroulés il y a des décennies, des siècles. Sans faire table rase du passé, nous utilisons justement ces exemples historiques pour ne pas refaire les mêmes erreurs. Nous ne nous excusons pas pour ce qu'on fait des personnes il y a des centaines d'années, nous ne sommes pas concernés, ni les uns ni les autres. Nous avançons, simplement. Nous ne sommes pas d'accord sur tout, ça a même déjà clashé dans le groupe sur des sujets glissants. Mais l'avantage de construire des relations solides, c'est que comme dans un repas de famille, ça clashe, on discute, on revient dessus, et on passe à autre chose. Et on est contents de se retrouver une prochaine fois :)


Pour ceux qui ont Instagram, j'ai partagé avec vous ici certains moments importants de notre journée d'hier et vous pouvez la voir et la revoir à votre guise puisque je l'ai mise en "Story à la Une".






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