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CHAPITRE 4 : LE DON D'ORGANES

Mis à jour : sept. 8

Aujourd'hui, chaque Français est donneur par défaut. Mais qu'en disent-les religions?


Si on va sur le site dondorganes.fr, on y lit :

Bonjour, Les représentants des grands religions monothéistes - christianisme, judaïsme et islam - se sont prononcés en faveur du don d'organes et de tissus après la mort. Selon eux, la vie humaine est primordiale. Le don d'organes après la mort permettant de sauver des vies, il surmonte ainsi un certain nombre d'interdits tels que l'obligation de l'inhumation du corps entier dans certaine religion.  Un peu léger, comme argumentation. Nous n'avons ni sources, ni noms, ni livres, ce qui peut être gênant pour quelqu'un qui souhaite avoir des preuves. Voici un compte-rendu de quelques avis concernant le christianisme et l'islam.


Tout d'abord, il faut évidemment rappeler qu'il s'agit d'interprétation et d'avis, puisque le don d'organe n'existait pas et n'a donc pas été abordé dans les Livres.


EGLISE CATHOLIQUE :

« Le magistère de l'Église catholique n'a jamais élevé d'objection de principe aux prélèvements de tissus et d'organes », trouve-t-on dans la note d’information de la Conférence épiscopale de France de 1996. Dès 1956, le Pape Pie XII approuvait le prélèvement et la greffe de cornées au bénéfice d'aveugles ou de personnes menacées de cécité ». Et le Catéchisme de l’Église catholique écrit dans Le respect des morts, §2301) : « Le don gratuit d’organes après la mort est légitime et peut être méritoire ». En 1991, Jean Paul II appelait les fidèles à « [se] réjouir de ce que la médecine, dans le service qu'elle rend à la vie, ait trouvé dans les transplantations d'organes une nouvelle manière de servir la famille humaine ». En août 2000, dans un discours 18° Congrès international de transplantation d’organes, le pape polonais encourageait la promotion de ce don : « Je suis certain que les responsables sociaux, politiques et éducatifs renouvelleront leur engagement à promouvoir une véritable culture du don et de la solidarité. Il faut insuffler dans le cœur des personnes [...] un amour qui puisse trouver une expression dans la décision de devenir un donneur d’organes ». Le soutien de l’Église au don d’organes post-mortem s’assortit néanmoins de deux conditions sine qua non : - d’une part, l’accord libre et sans équivoque du donneur et de ses proches : « La donation d’organes après la mort est un acte noble et méritoire et doit être encouragée comme une manifestation de généreuse solidarité. Il n’est pas moralement acceptable si le donneur ou ses proches ayants droits n’y ont pas donné leur consentement explicite. » (Catéchisme de l’Église Catholique, §2296). - d’autre part, la gratuité du don. C’est pourquoi Benoît XVI dénonça le trafic d’organes le 11 novembre 2008 lors d’un congrès de l’Académie Pontificale pour la Vie : « Des logiques éventuelles de vente d'organes, mais aussi l’adoption de critères discriminatoires ou utilitaristes, détonneraient tellement avec la signification qui est à la base du don, qu’elles se mettraient elles-mêmes hors jeu, en se qualifiant comme étant des actes moralement illicites. Les abus dans les greffes et leur trafic, qui touchent souvent des personnes innocentes comme les enfants, doivent trouver la communauté scientifique et médicale fortement unie pour les refuser comme étant des pratiques inacceptables. » Le Pape François s'inscrit dans la lignée, considérant que le don d'organe est un geste d'amour, mais que l'usage commercial est immoral. "Chacun de nous, par exemple, a deux reins, et donner l'un d'eux à un proche ou à une personne que nous aimons est un beau geste. Entrer dans la spirale du commerce est un crime." (in article de presse) Selon le Vatican, un pape ne peut pas donner ses organes, Des responsables du Saint-Siège ont précisé qu'après le décès d'un pape, son corps appartient à l'Eglise et doit rester intact pour être inhumé.


EGLISE PROTESTANTE :

Source : États généraux de la bioéthique 2009 Éléments de réflexion proposés par la Commission Église et Société de la FPF chapitre 4, page 7. Si la greffe témoigne de l’expression d’une solidarité active, elle n’en pose pas moins des questions éthiques majeures dominées par des conflits de sens qui ne peuvent se réduire à la gestion d’une pénurie et à des problèmes techniques. Le respect des convictions philosophiques et spirituelles de la personne donneuse quelle que soit leur rationalité. Nul ne peut réellement donner son corps car personne n’en est propriétaire. En revanche, accepter qu’après sa mort ou de son vivant, les organes destinés à sauver un tiers soient prélevés, manifeste une solidarité. Le consentement présumé devrait théoriquement suffire au prélèvement en l’absence d’inscription sur le registre des refus ; mais de fait, le recueil de l’avis de la famille sur les intentions du défunt introduit un biais majeur. Les protestants sont favorables au maintien du consentement présumé mais souhaiteraient en plus, la manifestation d’un vœu explicite sur un document courant (carte vitale par exemple) qui pourrait simplifier les interrogations familiales. Le respect de l’existence de contraintes qui peuvent peser sur le donneur vivant. Si l’augmentation des donneurs vivants dans le monde facilite grandement la greffe d’organes, son recours est très hétérogène. Autant il est évident, pour des parents à un de leurs enfants voire à un conjoint pour l’autre, le don pour des membres collatéraux de la famille reste plus problématique. Il ne faudrait pas que l’altruisme du don évolue vers une sorte d’obligation morale excessive. En conclusion, si une société doit tout faire pour encourager les greffes d’organes, elle ne doit pas traiter la question comme celle d’une simple pénurie de ressources, mais reconnaître l’importance de la dimension symbolique du rapport au corps. C’est grâce alors à une meilleure communication sur les enjeux, à un respect des personnes que les prélèvements apparaîtront de moins en moins comme une violence. Le discours médical de bienfaisance pour le receveur ne peut se substituer à un dialogue sur le sens du don d’organe. Les protestants appellent de leurs vœux ce dialogue aussi citoyen que spirituel.


LES TÉMOINS DE JEHOVAH :

Pour les Jéhovah, la Bible dit expressément que les serviteurs de Dieu doivent "s’abstenir du sang". selon les Actes 15:28, 29 ; et Deutéronome 12:15, 16. Toutefois, La Tour de Garde du 15 juin 1980, apporta un changement sur cette question. En effet, la "Question des lecteurs", à la page 31, posait cette question : "La congrégation doit-elle prendre des mesures disciplinaires à l’encontre d’un chrétien baptisé qui accepte la transplantation d’un organe humain, tel qu’une cornée ou un rein?" La réponse fut que, sur ce sujet, "il appartien[nai]t à chaque Témoin de Jéhovah de prendre une décision en accord avec sa conscience", qu'"il s'agi[ssai]t là d'une affaire personnelle (Gal. 6:5 "Car chacun portera sa propre charge.")" et que "le comité judiciaire de la congrégation ne prendra aucune mesure disciplinaire si quelqu'un accepte une transplantation d'organe", pourvu qu'il n'y ait pas d'apport de sang étranger. Pour défendre ce nouveau point de vue, la Société Watch Tower dit clairement que : "la Bible n'interdit pas expressément les transplantations d'organes", reconnaissant ainsi implicitement que son point de vue antérieur n'était pas du tout basé sur la Bible ; le cannibalisme est différent de la greffe d'organes car dans le deuxième cas, le donneur n'a pas été intentionnellement mis à mort pour satisfaire le receveur, il n'y a donc pas eu de meurtre (le donneur est peut-être mort, mais il a généralement consenti de son vivant à donner l'un de ses organes), alors que l'organisation avait jusque-là soutenu que les deux étaient similaires ; des Témoins feront peut-être l'analogie entre cannibalisme et greffe d'organes, disant que "certains" auront peut-être ce sentiment, semblant oublier que c'est elle précisément qui a enseigné ce point de vue.


JUDAISME :


La Loi juive distingue entre le don d’organe du temps où la personne est vivante et après la mort. Lorsque vous vivez, donner un organe sans lequel on peut vivre – comme un rein, ou des parties qui se reconstituent, comme la moelle osseuse ou le sang – pour sauver ou grandement améliorer la vie d’autrui est l’une des plus grandes choses qu’il est donné de faire.


En théorie, il devrait en être de même concernant le don d’organes après la mort. Du fait que sauver des vies l’emporte sur la plupart des autres considérations morales, le faire après la mort devrait non seulement être permis, mais même obligatoire. Par exemple, bien que la Torah ordonne d’être enterrés entiers, ce commandement serait écarté devant celui, plus important, de sauver des vies.


Mais, dans la pratique, donner un consentement à avoir ses organes retirés après la mort présente de sérieux problèmes : il est défendu d’user d’un cadavre d’une quelconque manière que ce soit si ce n’est pour sauver une vie directement. Or, lorsqu'une personne signe un formulaire de consentement de prélèvement d’organes, il n’est absolument pas certain que tous ses organes seront utilisés pour une transplantation immédiate. Ils peuvent être utilisés pour la recherche, ou stockés, ou même mis au rebut s’ils s’avèrent inutiles. La Loi juive n’autorise le don d’organes que s’il est absolument sûr que ceux-ci seront effectivement employés pour sauver des vies.


À cela s’ajoute un souci beaucoup plus grave encore. Pour être utilisables pour une transplantation, la plupart des organes doivent être prélevés alors que le cœur bat encore. Or la Loi juive stipule que, tant que le cœur bat, la personne est toujours vivante. Le moment de la mort est défini comme celui où le cœur s’arrête. Ainsi, prélever des organes d’un patient atteint de mort cérébrale dont le cœur est encore battant revient à commettre un meurtre. Bien que le monde médico-légal ait accepté la mort cérébrale comme nouvelle définition de la mort, ce n’est pas le cas de la vaste majorité d’experts de la Loi juive. Altérer la définition de la mort, c’est s’engager sur un chemin qui peut mener à des problèmes éthiques majeurs.


Dans certains pays, l’option est donnée de donner son consentement au prélèvement de ses organes à condition qu’un rabbin soit consulté au préalable, qui s’assurera qu’ils seront retirés après la mort totale et utilisés uniquement pour sauver des vies.


Dans les pays où une telle option n’existe pas, la Loi juive ne consent pas aux prélèvements post-mortem des organes.


ISLAM :

Il n' y a pas unanimité sur cette question d'actualité. Par exemple Ibn Bâz dit : " le musulman est respecté vivant et mort, et il est interdit de l'exposer à ce qui lui nuit ou lui cause une blessure, comme briser ses os ou les découper.


Il y a ce hadith : Casser l'os d'un mort est pareil à le casser de son vivant. On en déduit qu'il n'est pas permis de le défigurer pour l'intérêt des vivants, comme le fait de prendre son cœur, ses reins ou autre chose car cela est pire que de casser les os du mort. Il y a en effet divergence entre les Oulémas sur la permission de faire des dons d'organes. Certains ont dit que les vivants peuvent tirer un avantage car il y a beaucoup de maladies rénales et ceci est discutable. Mon avis est que cela n'est pas permis vu le hadith susmentionné. Car, il y a dans cela de la manipulation et du mépris pour les organes du mort. Aussi, les héritiers peuvent convoiter l'argent, et ne vont pas se soucier du respect du mort. Le corps ne fait pas partie de l'héritage, uniquement son argent. Et Allah est le garant de la réussite. "


Lors d'un séminaire sur le droit musulman hanafite, qui s’est déroulé à Delhi les 1er, 2 et 3 Avril 1989, concernant la transplantation d’organe, il a été dit que la vente d’organes humains est interdite. En revanche, si un malade se trouve dans la situation suivante: il a complètement perdu l’usage d’un de ses organes, si une transplantation d’organe n’est pas effectuée, il y a un fort risque qu’il décède, aucune prothèse ne peut palier la déficience dont il est victime, des médecins expérimentés ont la certitude qu’il n’y a aucun moyen de sauver sa vie, excepté par une transplantation d’organe, les médecins sont à peu prêt sûrs qu’à la suite d’un transplantation, sa vie sera sauvée, un organe sain est disponible, dans un tel cas extrême de nécessité, il sera permis à ce malade d’avoir recours à une transplantation d’organe. Si une personne en bonne santé arrive à être persuadée (à la suite de diagnostiques émis par des médecins expérimentés) que s’il se sépare d’un des organes présents en double dans son corps (comme ses reins etc…), sa santé ne sera pas affectée, alors il a le droit de faire don d’un de ses organes à un membre de sa famille qui risque de mourir s’il n’a pas immédiatement recours à une transplantation (et il ne dispose pas non plus d’aucune autre alternative en matière de traitement). Par contre, il n’est pas permis au mourant de léguer ses organes pour un éventuel prélèvement après la mort. (Référence: « Djadîd fiqhi masâil Volume 2 – Pages 408/409).


Par contre, certains savants, comme Cheikh Khâlid Saïfoullah (éminent savant indien de l’école hanafite), autorisent le prélèvement des organes du corps d’une personne défunte, à condition qu’elle ait donnée pour cela son accord durant sa vie; de même, il sera nécessaire d’avoir au préalable le consentement de ses héritiers. (Référence: « Al halâl wal harâm » Pages 182 – 183)


Cheikh Al Makhdali dit que le don d'organes est permis mais qu'il y a des conditions : la première est que cela ne nuise pas à la santé du donneur d'organes et qu'il ne soit pas du tout affecté par le retrait de cela et qu'il ne soit pas affecté vitalement, (et qu'il n'ait pas sa santé diminuée en quoi que ce soit, que le donneur ne soit donc pas affecté par cela, qu'il ne perde pas sa vie par la suite, c'est la première condition). La seconde condition est que le donneur soit satisfait de le donner ou un de ses proches (père, fils, frères et autres), soit d'accord, qu'il n'y ait pas de pression exercée sur lui. Si ces deux conditions sont remplis, c'est alors permis.


Source : https://www.youtube.com/watch?v=B3uC8iUvgVg.

Avis partagé par Utheymin : https://www.youtube.com/watch?v=9ahdpi6jECE


Nous  pouvons donc conclure par un point primordial : chrétiens et musulmans sont unanimes pour que cet acte soit gratuit, et qu'ainsi il n'y ait pas de commerce, et d'abus avec cela. Ensuite, il apparaît que la divergence semble plus être au sujet du don d'organes après la mort, plus que sur le don d'organes lui-même. Donner un organe de son vivant semble donc ne pas poser de problème tant que cela ne nuise pas au donneur, que ce soit la seule solution pour le malade, et que les médecins respectent le corps et la volonté du donneur. En revanche, tous se sont opposés au fameux amendement de la loi Santé de 2015, qui proposait de retirer la consultation de la famille afin de permettre plus de prélèvements, considérant que cela était une pure négation de cette ultime liberté qu’il faut laisser au défunt et à sa famille. Si le don d’organe est bien une « priorité nationale », il est urgent de le promouvoir en tant que tel, de mettre en place de véritables campagnes d’information basées sur la responsabilité et la solidarité de chacun. La loi doit proposer à chacun une telle place dans la société et non pas réduire le citoyen à un simple réservoir d’organes.


Si toutefois, vous ne souhaitez pas donner vos organes, vous avez la possibilité de vous inscrire au registre national des refus directement sur le site : https://www.registrenationaldesrefus.fr/#etape-1

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