CHAPITRE 39 : RETOUR DE LA CONFERENCE DE PRESSE AVEC LA FONDATION DE L'ISLAM DE FRANCE

Ce Covid nous fait faire de drôle de choses ! Ma semaine est rythmée par : une conférence de presse à Paris ce mercredi, une conférence avec une association de jeunes musulmans de Genève ce jeudi ... alors que je suis dans mon bureau !


Bref, les médias ont été invités ce mercredi à 11h pour suivre la conférence de presse donnée par Ghaleb Bencheikh pour la Fondation de l'Islam de France. De base il rappelait le rapport d'activité de la Fondation, ainsi que les perspectives d'avenir mais c'était surtout un moyen de répondre aux questions de la presse.


J'ai demandé sur Instagram que vous fassiez remonter les questions que vous vouliez que je lui pose, et quelques unes sont remontées. J'ai pu en poser 2 et ensuite par chance d'autres journalistes ont posé des questions qui figuraient parmi celles que vous aviez posées.


J'ai reconnu des noms de journalistes de Ouest-France, La Croix, Réforme et SaphirNews au côté de mon ILETAIT1FOI. Emouvant !



La conférence de Ghaleb Bencheikh commençait avec une présentation d'interlocuteurs ayant rejoint la plateforme et la mise en valeur de la vitrine intellectuelle de la Fondation : le campus Lumières d'Islam. Le site est disponible ici.


"On parle toujours d'islam dans notre pays mais il faut le faire avec sérieux, et avec des intellectuels", précise-t-il. " La Fondation de l'Islam de France est d'utilité publique. Toutes les fup (Fondation reconnue d'Utilité Publique) ne font de pas de conférences de presse mais nous avons jugé opportun de le faire pour car le vocable islam lui-même est déjà problématique, explosif, hystérisant les débats, et aujourd'hui il est au cœur de l'actualité, une actualité brûlante. "


Une actualité sur laquelle revient Ghaleb Bencheikh : le climat politique, le climat de l'automne dernier avec l'assassinat du professeur Samuel Paty et ensuite le triple assassinat à Nice quelques jours plus tard.


"Nous ne nous occupons pas de l'aspect cultuel mais uniquement du culturel, qui souvent est lié. Nous sommes les seuls à avoir un contre-discours qui déconstruit les thèses radicales. Nous arrivons à le faire parvenir à ceux qui n'ont que 300 mots pour s'exprimer et qui sont sensibles aux thèses radicales", sous entendu les discours qui pleuvent sur les réseaux sociaux (vous savez, les fameux théologiens des médias dont je parle souvent sur mon Insta).


Pour Ghaleb Bencheikh, les réponses doivent être multiples pour contrer cela : politiques, éducatives, politiques et sociales et c'est ce qu'il a pu développer pendant la session de réponses aux journalistes.


L'objectif principal de la Fondation de l'Islam de France est de créer un programme de soutien à l'islamologie, qui est selon lui primordial "car on ne peut pas concevoir que les sujets qui touchent à l'islam soient mis à l'appréciation de types certificats de virginité".


En effet, nous le concevons tous, et plus précisément sur ILETAIT1FOI : quand on parle de religions, on ne parle que de ce qu'on connait et ce qu'on maitrise, avec la rigueur que la méthode universitaire demande. L'islamologie est une de ces branches dans lesquelles il n'y a pas de place pour l'amateurisme. Cela aurait évité en effet, que s'invitent dans les 55h de débat pour discuter du projet "contre les séparatismes", des points sur ces fameux certificats.


"Nous avons formé 155 Imams qui montent en chaire" sous-entendu, qui officient vraiment et qui ne sont pas des stars des réseaux sociaux ou des personnalités divergentes/autoproclamées n'ayant rien à voir avec l'islam. Ainsi, "nous avons vocation d'être le site francophone de référence pour éviter les fatwa de sheikh google".


J'ai donc eu l'honneur de poser la première question et j'ai demandé ce qu'il en était justement à propos de la formation des imams. Ayant suivi moi-même le DU à Rennes, je sais que ces DU ont vocation à se développer et à devenir la condition sinequanone du parcours d'imam en France.


Il a répondu "que la formation étudiait la recevabilité des candidatures pour le DU, ça suit son cours et pour les imams et acteurs religieux des 2623 mosquées recensées. Si dans chaque mosquée il y a au moins un imam, alors ceux là doivent être formés dans une formation cultuelle de qualité mais ce n'est pas notre rôle : la formation profane laïque etc est notre rôle et nous l'accomplissons."


A la question des débats internes sur la Charte des imams, Ghabel Bencheikh explique "que ce qui se passe sur le cultuel n'est pas le problème de la Fondation, mais que certaines logorrhées disent qu'il y a une incompatibilité entre les principes républicains et l'islam, et que par principe on ne peut plus le le dire avec cette charte, puisque les signataires prouvent qu'on ne peut pas opposer valeur de l'islam et valeur de la république."


Quels sont vos relais sur le terrain, notamment dans les quartiers ? "Du temps où nous pouvions nous déplacer et aller de villes en villes, nous sommes allés à Choisy le roi, Roubaix, Nantes, Marseille et par la suite, cette dynamique a été stoppée. Notre idée, c'est que jamais ces déplacements ne viennent comme "des parisiens qui viennent donner des leçons dans les territoires". Nous le faisons toujours avec des liens sur place : des associations locales, et nous accréditons un ambassadeur. Nous avons des éducateurs sportifs."


Que pourrait faire la fondation, en ce qui concerne la lutte des actes islamophobes, discriminations, ou des stéréotypes visant l'Islam? Qui de facto participent au replis identitaire, et arrangent les islamistes ? " je préfère dire mysislamie qui signifie la détestation, l'hostilité, la haine assumée contre tout ce qui est islamique et musulman, car le terme islamophobie commence à être un mot tabou, valise etc. L'administration ne le reconnait pas, alors nous nous adaptons à ce qui se fait dans notre pays. Car l'islamophobie, s'il s'agit d'une critique, est alors bienvenue car c'est avec la critique que nous avancons si elle est populaire, académique etc. En revanche c'est vrai qu'il y a des actes anti musulmans et en ce sens la DILCRAH Délégation Interministérielle à la Lutte Contre le Racisme, l'Antisémitisme et la Haine anti-LGBT fait un bon travail."


Mais il a dit également " il n'est pas normal que des multirécidivistes déjà condamnés viennent sur des chaînes privées déverser leur haine. Créez vos propres médias, s'il faut ne pas construire une mosquée pour avoir les moyens de créer une chaine de tv, il faut le faire."


Comment travailler avec le CSA pour lutter conte stéréotype dans les médias ? " ce n'est pas dans les statuts de la Fondation d'ester en justice mais c'est ce que nous devons saisir. Il faut à tout prix alerter le CSA et ne pas le faire nous-même d'une moins bonne façon (qui dessert la cause). La prise de parole doit construire et apaiser et ne pas ajouter à la défragmentation." On se souvient tous de l'affaire Mila, qui fait encore parler d'elle, alors que si ses propos avaient été signalés, cela aurait évité la montée de la haine et les insultes/menaces etc qui desservent la cause des musulmans et mettent de l'eau dans les moulins de ceux qui pensent comme cette femme.


La Fondation a -t-elle reçu les fonds promis par M. Macron lors de son discours au Mureaux ? " Non, pas encore. Il n'est pas dans la vocation de la FIF qui est une institution laïque et privée de vivre éternellement des deniers publics."


Que faire pour les professeurs qui se sentent perdus ? "J'ai fait une annonce à Jean-Michel Blanquer pour que nous soyons une sorte d'Institution qui donne l'agrément à des Institutions islamiques hors contrats ce qui nous donnerait un rôle de validation du contenu d'enseignement en bonne intelligence avec les services de l'Education Nationale car les programmes et le Conseil Supérieur des Programmes appliquent une émanation de la loi commune et donc les programmes de l'Education Nationale s'appliquent à tous"


Le mot d'ordre et l'objectif de la Fondation : "il faut combler le déficit culturel et c'est ce que nous devons faire, les maître mots pour lutter contre l'islamisme demeurent toujours : instruction, acquisition du savoir, culture, connaissance, ouverture sur le monde, éducation à l'altérité, à l'altérité confessionnelle, appréciation de l'art"


Au sujet de l'interreligieux et de la laïcité, "il nous est arrivé d'organiser des rencontres interreligieuses au sein de la Fondation et nous continuerons. Face à ceux qui disent que ce n'est pas nécessaire, j'ai ma lecture : avant et pendant la discussion de la loi 1905, il y a eu de véritables affrontements physiques : la France cléricale et la France anticléricale. C'était terrible et ceci a marqué certaines consciences. Aujourd'hui la France est au 2/3 ou 3/4 indifférente à la Religion. Je ne pense pas qu'il faille durcir les notions de laïcité, on est en train de glisser de Briand à Emile Combes, et on peut le regretter !"



Cette conférence de presse très intéressante permet de rebondir sur plusieurs points et de placer le curseur. La culture, la connaissance, la rigueur universitaire sont également des principes chers à ILETAIT1FOI. C'est inadmissible de parler de religion comme on parle du dernier film à la mode, d'ériger de grands principes, de stigmatiser constamment des croyants, d'avancer des thèses discutées depuis des siècles par les savants lors d'un débat quand on est député etc. Sur ce point, je rejoins totalement le point de vue de Ghaleb Bencheikh : accroître la culture et nous élever fait de nous tous des gens plus curieux, plus à même de réfléchir, de raisonner et c'est de toute façon ce qui nous est demandé dans les religions.


Toutefois, je suis moins à l'aise avec ses thèses sur le salafisme, qu'il ne définit pas. Lui qui est très pointilleux sur les mots (et quel bonheur de l'entendre s'exprimer!) pour le coup opère un trouble lexical dangereux. Nous l'avons vu avec les étudiants avec le cours sur le salafisme, c'est très réducteur de ne parler que d'un salafisme et d'en faire un objet de rejet, de haine de la culture, et de le placer à l'opposé des lumières. Je trouve ce discours dangereux pour une partie des musulmans : puisqu'il admet avec honnêteté ne pas s'occuper du cultuel, alors il est dommage que les termes relatifs au culte soient abordés, puisque c'est mal abordé.


On peut aussi regretter la réponse sur l'islamophobie. Le travail de la DILCRAH est en effet un excellent travail, mais un collectif défendait les victimes de l'Islamophobie de manière claire et sans détour et on a assisté à sa dissolution mercredi 2 décembre 2020 parce que « sous couvert de dénoncer des actes d'islamophobie, le CCCIF distillait, par la publication de ses propres statistiques ou ses dénonciations, un message consistant à faire passer pour islamophobe tout acte ou évènement mettant en cause des personnes de confession musulmane, n'hésitant pas, dans certains cas, à travestir la vérité pour accréditer ainsi dans l'opinion publique un soupçon permanent de persécution religieuse de nature à attiser la haine, la violence ou la discrimination ».


Et vous, qu'en pensez-vous ? Des questions que vous auriez aimé poser ?

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