CHAPITRE 18 : LA SITUATION DES JUIFS DES ANNEES 30 ET DES MUSULMANS EN 2020 EST-ELLE COMPARABLE ?

Mis à jour : 17 oct. 2020

L'actualité brûlante comme le sable des plages soudain infestées de burkini, des salles de sport sans hijab Décathlon ou des forums féminins mais sans musulmanes a laissé place d'abord à l'incompréhension, puis au mépris, puis à la colère, puis à la tristesse, puis à l'effroi.

A l'effroi car de nombreuses personnes font le lien entre ce que vit la communauté musulmane aujourd'hui, et ce qu'a vécu la communauté juive dans les années 30-40.

Mais peut-on réellement effectuer ce parallèle?



Tout d'abord, un peu d'histoire

Vous connaissez l'histoire de la conquête chrétienne du monde, puis de la conquête musulmane, puis des croisades. Au final, le peuple juif s'est très rapidement retrouvé au statut de dîme (obligation de payer un impôt pour être libre), et coincé entre un empire chrétien et un empire musulman.

Le peuple était victime de nombreuses humiliations dans les empires "européens" (par la géographie), et devait prêter serment (More Judaico, « par la coutume juive ») afin de ne pas témoigner contre les chrétiens : au début du 9e siècle, Charlemagne avait décidé que dans tout procès opposant un Juif à un Chrétien, on ne pouvait se contenter, pour le Juif, du serment banal. Pour mériter crédit, le Juif devait, avant le serment, ceindre une couronne d'épines et poser la main droite sur un rouleau de la Torah. Pendant la prestation de serment, il devait appeler sur lui - en cas de parjure - la lèpre de Naaman (Ancien Testament, II Rois 5:1-27) et le châtiment des fils de Koré (Torah, Nombres 16:32). (Un remix de "croix de bois, croix de fer, si je mens je vais en enfer). Des documents anciens montrent qu'en Arles, vers le milieu du 12ème siècle, le Juif prêtant serment devait porter un collier d'épines au cou, des anneaux d'épines aux genoux et une longue chaîne d'épines autour des reins.


Pendant les croisades, accusés de détruire les lieux de culte chrétiens, les massacres de juifs eurent lieu, accentués par un sentiment fort de haine développé par la doctrine chrétienne de l'époque accusant les juifs d'avoir tué le Christ.

En 1215, le IVe concile du Latran (un concile est une assemblée d' évêques catholiques et/ou orthodoxes réunis pour statuer sur des questions d’ordre religieux) leur ordonne de porter sur eux la marque de leur différence : un chapeau particulier à bout pointu, le pileus cornutus, calotte à cornes.


La peste noire qui ravage l'Europe à partir de 1349 est l'occasion de nouvelles accusations, celles d'avoir empoisonné les puits pour propager la maladie, et de nouveaux massacres sont perpétrés. Au XVIè siècle, la Réforme luthérienne, dans un premier temps, ne change pas grand chose à la condition des Juifs. Reprochant à l'Église catholique romaine de persécuter les Juifs, Luther espère en fait les convertir. Cela ne fonctionnant pas, Luther publie en 1543 un pamphlet Von den Juden und ihren Lügen, qui reprend non seulement les calomnies médiévales, mais appelle ouvertement à la violence contre les Juifs et à brûler leurs synagogues, afin de les expulser. À partir du XVIIe siècle, le luthéranisme concède aux Juifs le droit de vivre parmi les chrétiens, à certaines conditions : pas de culte public, et l'acceptation d'un déclassement social.

Au XVIIIe siècle, les Lumières allemandes posent le problème de la question juive, c'est-à-dire de l'émancipation des Juifs d'Occident. Les Juifs du Saint Empire manifestent tout au long du siècle une tendance à la modernisation, c'est-à-dire à l'ouverture timide à la langue et à la culture allemande, aux sciences « profanes ».

En France, on est également dans une perspective positive : la Révolution française émancipe les Juifs. Les guerres révolutionnaires puis napoléoniennes placent les territoires allemands sous influence française. En 1798, le Directoire accorde aux Juifs de la rive gauche du Rhin l'émancipation complète. Cependant en 1808, par le « décret infâme », Napoléon Ier restreint la liberté commerciale et professionnelle des Juifs ainsi que la liberté de résidence pour les départements situés à l'Est de l'Empire français.


Revenons en Allemagne : au XIXè, en 1815, le Congrès de Vienne envisage de donner éventuellement des « droits de citoyens aux adeptes de la foi juive qui, en contrepartie, devront assumer tous les devoirs de citoyens ». De plus l'amélioration du statut des Juifs provoque des réactions hostiles et violentes parmi la population comme en 1819. Cette réaction antisémite commence à Wurtzbourg et Francfort et se propage dans toute l’Allemagne. Dans toute l’Allemagne, des Juifs sont interpellés aux cris de « Hep Hep, Jud verreck! » (« Hop, hop, Juif crève ») et battus, leurs quartiers pillés. En 1822, une partie du statut de 1812 est abolie en Prusse, les Juifs ne peuvent plus prétendre à un emploi public, sauf s'ils se convertissent. Entre 1810 et 1820, un groupe de jeunes intellectuels juifs berlinois veut promouvoir l’insertion des Juifs dans la société allemande mais aussi inscrire le fait juif dans la modernité. De leurs réunions naîtra la Wissenschaft des Judentums, c'est-à-dire la Science du Judaïsme. Ils publient un manifeste en 1822 où ils affirment que les campagnes antisémites relèvent d'un autre temps.

Comparée aux autres pays d'Europe, l'Allemagne est considérée à la fin du XIXe siècle et au début du XXè siècle, comme l'État où les Juifs sont le mieux intégrés. Car ailleurs, des pogroms se déroulent en Russie, et l'Affaire Dreyfus divise la France et jusqu'en 1900, le Royaume-Uni limite strictement l'entrée des Juifs sur son territoire.

À partir du milieu des années 1870, l'Europe est secouée par une grave crise économique, la Grande Dépression. Les difficultés économiques alimentent un antisémitisme anti-libéral et nationaliste.

Wilhelm Marr, un journaliste allemand, écrit un pamphlet en 1879 : La victoire du judaïsme sur la germanité considérée d'un point de vue non confessionnel. Il y emploie pour la première fois le terme « antisémitisme ». Il affirme que les Juifs appartiennent à une race inférieure. Le nouvel antisémitisme accuse le Juif d'insuffler « sa substance étrangère ». Il s'en prend au Juif non pas à cause de sa religion mais en tant que « race ». Il dénonce une société « enjuivée », un « anéantissement de Germains » Ce nouveau concept, l'antisémitisme, connaît un succès rapide. Il canalise l'agressivité des mécontents contre une minorité longtemps discriminée. Il se conjugue avec la montée du nationalisme. En effet, les Allemands sont séduits par l'impérialisme conquérant et l'autoritarisme de l’époque wilhelmienne, alors que les Juifs restent fidèles aux idéaux libéraux et démocratiques du début du siècle, qui leurs étaient favorables et laissaient un minimum de libertés.

L'antisémitisme moderne a comme chef de file Adolf Stöcker, un pasteur prédicateur à la cour impériale, qui a fondé le Parti ouvrier chrétien-social. Son programme dénonce la domination des juifs sur la presse et la finance. Il fait des Juifs les responsables des malheurs de l'Allemagne. Les ligues antisémites se multiplient ainsi que les brochures les propageant. En 1893, seize députés appartenant à l'Antisemitische Volkspartei fondé par Otto Böckel sont élus au Reichstag.

En 1914, l'Union centrale et l'Association des Juifs allemands appellent leurs membres « à consacrer toutes leurs forces à leur patrie au-delà de ce qu'impose le devoir ». Même l'Union sioniste pour l'Allemagne tient un discours patriotique. C'est pour cela que des juifs combattent aux côtés des Allemands dès la première guerre mondiale, malgré l'antisémitisme ambiant, reconnu, et légal. D'ailleurs, même pendant les combats, l'antisémitisme sévit : ils sont humiliés, accusés d'avoir des postes privilégiés hors du front.

La ruine des classes moyennes et des petits paysans par l'hyperinflation de 1922 attise les mécontentements. Il est alors facile aux nationalistes de pointer du doigt la « République enjuivée ». L'été 1922 voit se multiplier les profanations de cimetières juifs et les inscriptions sur les synagogues.

Après 1930 :

Hitler établit un programme en 25 points, dont le 4 : Seuls les citoyens bénéficient des droits civiques. Pour être citoyen, il faut être de sang allemand, la confession importe peu. Aucun Juif ne peut donc être citoyen.

Le 8 : Il faut empêcher toute nouvelle immigration de non-Allemands. Nous demandons que tous les non-Allemands établis en Allemagne depuis le 2 août 1914 soient immédiatement contraints de quitter le Reich,

ou encore le 24 : Nous exigeons la liberté au sein de l'État de toutes les confessions religieuses, dans la mesure où elles ne mettent pas en danger son existence ou n'offensent pas le sentiment moral de la race germanique.

Le Parti en tant que tel défend le point de vue d'un christianisme positif, sans toutefois se lier à une confession précise. Il combat l'esprit judéo-matérialiste à l'intérieur et à l'extérieur, et est convaincu qu'un rétablissement durable de notre peuple ne peut réussir que de l'intérieur, sur la base du principe : l'intérêt général passe avant l'intérêt particulier.

L'objectif d'Hitler est la création d'un espace vital d'où les Juifs seraient absents. La politique de persécution menée dans les années trente vise à leur faire quitter l'Allemagne.

Dès l'arrivée au pouvoir d'Hitler, des agressions contre les Juifs sont orchestrées par les nazis, principalement les SA (la Sturmabteilung, littéralement Section d’Assaut, appelée aussi SA). Göring (militaire Nazi) dans un discours laisse entendre que ceux qui s'en prendraient aux Juifs bénéficieraient d'une relative impunité. Dès lors, la SA commence à molester certains Juifs et à confisquer leurs biens. Le 1er mars à Mannheim, les SA font fermer les magasins juifs. Julius Streicher organise une vaste campagne antisémite sous le prétexte de défense contre les « violences juives ». Le 1er avril 1933, les SA se postent devant les magasins juifs. Ils dressent des pancartes incitant à ne pas acheter chez les Juifs. Les médecins et les avocats juifs subissent les mêmes intimidations. Le soir même, des nazis défilent pour protester contre les « agissements des Juifs ».


Comme la population se montre peu réceptive au boycott antijuif, l'opération est vite arrêtée.

En 1935, sous l'impulsion de Goebbels et de Julius Streicher, des « manifestations spontanées » sont organisées contre les Juifs. Elles aboutissent à la publication des lois de Nuremberg qui privent les Juifs de leurs droits civiques et leur interdisent de se marier ou d’avoir des rapports sexuels avec des personnes de « sang allemand ou assimilé ». L'application de ces dispositions requiert une définition du Juif : est considéré comme tel celui qui a au moins trois grands-parents juifs, ainsi que celui qui a seulement deux grands-parents juifs mais appartient à la communauté religieuse juive ou est marié à un Juif. Il reste plus de 200 000 Juifs en Allemagne au début de la Seconde Guerre mondiale. Le gouvernement leur impose un couvre-feu et l'interdiction de certains quartiers urbains. Les Juifs reçoivent des rations alimentaires moins importantes que celles des non-Juifs, et ils ne peuvent pas acheter certains aliments. Ils forment donc une masse de miséreux, isolés du reste de la population. Les créneaux horaires durant lesquels ils ont le droit de faire leurs courses sont eux aussi limités.

Le sort des couples mixtes, des mischlinge, (« métis ») pose problème aux nazis. Les métis du second degré, c'est-à-dire possédant un grand parent juif, au nombre de 43 000, sont assimilés aux aryens au terme de la conférence de Wannsee. Les métis du premier degré qui ont deux grands-parents Juifs, soit 64 000 personnes, sont eux assimilés à des « Juifs complets ». Les conjoints non-juifs des couples mixtes subissent de fortes pressions pour divorcer, ce qui permettait ensuite de déporter le conjoint juif.

La suite, on la connait, et elle porte un nom qui fait frissonner celui qui le prononce : Shoah.

Evidemment, le parallèle est facile à faire. L'islamophobie ambiante, accentuée par la facilité de s'exprimer sous-couvert d'anonymat grâce aux médias sociaux, ne fait que confirmer un sentiment de peur bien présent.

Un problème de taille se pose : si l'antisémitisme allemand des années 30-40 est reconnu comme abjecte, aujourd'hui, "on explique" l'islamophobie. La communauté musulmane étant infestée par une branche violente à l'idéologie erronée, elle paie les crimes de ceux qui tuent en son nom. Les lois pro-sécuritaires sont donc mises en avant dans le but de protéger la France des attaques perpétrées au nom d'Allah, et il y a des dommages collatéraux.

Cependant, aujourd'hui, le peuple dispose d'une arme de taille :

- Il connait le passé, et aujourd'hui des signes très marquant mettent la puce à l'oreille. Si à l'époque, le monde s'est laissé dépasser par l'horreur de l'extermination, aujourd'hui, cela semble plus difficile, même si hélas, le monde n'est pas un havre de paix, et que nous avons tous en tête plusieurs peuples qui meurent sous nos yeux, et ce, malgré l'intervention d'associations humanitaires, ou de pays extérieurs.

- Il a conscience de ce que fait le monde médiatique. Il sait comment il fonctionne, comment les titres sont décidés, et qui choisit de montrer quoi. L'endoctrinement de masse reste une notion qui ne semble plus du tout abordable au niveau mondial.


Mais rédiger et lire cet article permet de mettre l'accent sur plusieurs faits : l'arrivée de " nouvelles " théories comme celles du grand remplacement, mise en avant à chaque fois qu'un musulman ou qu'un français d'origine arabe fait/dit/gagne quelque chose ne fait que résonner dans nos têtes comme une mélodie saccadée avec des R appuyés. La théorie du remplacement par le ventre fait également écho au problème du métissage qui s'est posé à Hitler: "les arabes/musulmans se servent du ventre des blanches pour faire prospérer leur race". (Oui oui, déjà lu!)

D'ailleurs, le point du programme d'Hitler sur la chrétienté de l'Allemagne ne vous rappelle rien ? #morano


Toutefois, si aujourd'hui l'islamophobie est solidement installée voire défendue par un pan de la population, il semble difficile de comparer le sort d'une population qui a été tuée, déportée, à celui des musulmans. Mais il est en effet nécessaire de ne pas oublier que ces conséquences terribles naissent d'un antisémitisme juif bien ficelé et lui aussi, à l'époque, "expliqué". Avec une différence immense : aujourd'hui le peuple possède l'instruction, la connaissance du droit et des techniques médiatiques/de communication, permettant de dénoncer de manière rapide et efficace.

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