7 JUIN 1942 : L'ETOILE JAUNE EN FRANCE




L’étoile jaune (en allemand : Judenstern « étoile des Juifs ») est une pièce de tissu en forme d’étoile de David, de couleur jaune. En France, le port de cette étoile est prescrit par la 8e ordonnance allemande et est rendu obligatoire à compter du dimanche 7 juin 1942. Mais cela était su avant, puisque dès le 4 mai 1942, les établissements Barbet, Massin et Popelin, à Paris, tiennent à la disposition de Theodor Dannecker, chef SS, 5 000 m2 de tissu. Le lendemain, les fonderies Deberny et Peignot remet à Dannecker les premiers clichés de l’étoile. Une première commande est alors passée par la SS à l’imprimerie parisienne Charles Wauters & Fils, qui imprime les étoiles[1].


L’Union générale des Israélites de France ou UGIF est fondée, sur injonction des Allemands, par une loi du gouvernement de Vichy du 29 novembre 1941. Cette union obligatoire vise à rendre repérables les Juifs de France dont l’appartenance religieuse n’est plus mentionnée dans les recensements depuis 1872 et à les fondre en une communauté unifiée. Les dirigeants de l’UGIF décident alors de faire campagne pour inciter les Juifs à « porter l’insigne dignement et ostensiblement »[2].


Quelques jours avant la rafle du Vél’ d’Hiv’, le n° 25 du Bulletin de l’UGIF, en date du 10 juillet 1942, publie en première page un « Avis important concernant l’étoile », mentionnant l’infraction que constitue toute tentative de la dissimuler même partiellement. En un premier point, il est rappelé que l’insigne doit être « porté sur le côté gauche de la poitrine, entièrement visible et solidement cousu. 2) Il est interdit de porter l’insigne de telle façon qu’il soit caché, en partie ou entièrement, momentanément ou constamment, par le revers du veston. 3) Il est interdit de porter des serviettes, des sacs à main, des foulards ou autres vêtements d’une manière telle que l’insigne soit caché par eux, totalement ou en partie[3].


En effet, dès le 12 juin 1942, le directeur de la police judiciaire parisienne, Guillaume Tanguy, a donné consigne aux commissaires : « Les Israélites qui se présentent dans vos commissariats pour demander leur insigne, s’ils ne justifient d’aucun motif valable d’un tel retard, doivent être considérés comme réfractaires, arrêtés et mis à la disposition des autorités occupantes. »[4]


Ainsi, Maurice Rabeux, non Juif, se présente le 10 juin 1942, avec trois jours de retard, au commissariat de police du 10e arrondissement parisien, afin d’y retirer l’insigne au nom de son épouse juive, Alice Glass, âgée de quarante-huit ans et alors souffrante. Il lui est répondu que l’étoile ne peut être délivrée que directement à son porteur. Quand Alice Glass vient à son tour au commissariat dans ce but, elle est immédiatement arrêtée et conduite au centre de police des Tourelles. Cette ancienne caserne d’infanterie coloniale située au 143, boulevard Mortier, près de la porte des Lilas à Paris, a été transformée, depuis le 28 octobre 1940, en centre d’internement d’une capacité d’un millier de personnes dont un quart prévu pour des femmes. De là, Alice Glass est transférée et internée au camp de Drancy, pour retard dans le retrait de l’étoile… Son mari contacte l’UGIF et, certificat médical à l’appui, demande sa libération. L’ordre de libération n’est obtenu que le 21 octobre 1942 et la qualité de « conjointe d’aryen » a sans doute été l’élément majeur qui a évité à Alice Glass, pendant ces presque cinq mois d’internement au camp de Drancy, de faire partie d’un convoi de déportés[5].


Interreligieux :


Le pasteur Marc Boegner, président de la Fédération protestante de France, écrira à Pétain le 12 juin 1942 pour lui exprimer « la douloureuse impression éprouvée par les Églises de son ressort devant les nouvelles mesures prises par les autorités d'occupation à l'égard des Israélites ». Et le pasteur André Bertrand, un de ses vice-présidents, adressera une lettre aux pasteurs de la zone occupée rappelant « l'égalité des races devant Dieu ».


L'archevêque de Paris, le cardinal Suhard, plaidera pour des demandes d'exemptions

Le 24 septembre 1940 en effet, bien avant la création du commissariat général aux Questions juives (CGQJ), le ministère des Affaires étrangères à Vichy note que « les autorités d’occupation soupçonnent le personnel de la mosquée de Paris de délivrer frauduleusement à des individus de race juive des certificats attestant que les intéressés sont de confession musulmane. L’imam a été sommé, de façon comminatoire, d’avoir à rompre avec toute pratique de ce genre. Il semble, en effet, que nombre d’israélites recourent à des manœuvres de toute espèce pour dissimuler leur identité[6]. 





Abdelkader Mesli, imam de la grande mosquée de Paris, a confectionné des certificats de confession musulmane pour protéger les Juifs. Il leur a également délivré des tickets de rationnement. Envoyé à Bordeaux par la mosquée de Paris en tant qu’aumônier musulman du Fort du Hâ, camp d’internement dirigé par les nazis, Mesli s’est également engagé dans la Résistance en février 1943.



 

NOTES

[1] Léon Poliakov, L’Étoile jaune, Paris, éditions du Centre, 1949, p. 40 ; repris par Maurice Rajsfus, Jeudi noir, Paris, L’Harmattan, 1988, p. 22 [2] Les conseils juifs dans l’Europe allemande », numéro spécial de la Revue d’histoire de la Shoah, sous la direction de Georges Bensoussan et Michel Laffitte, n°185, octobre 2006. [3] Le Centre de documentation juive contemporaine YIVO 16-567 [4] Cité par Serge Klarsfeld, L’Étoile des Juifs, Paris, L’Archipel, 1992, pp. 126, 127. [5] CDJC YIVO 19-1013, 1014, 1015 [6] Ministère des Affaires étrangères (Paris), série Guerre 1939-1945, Vichy, C Etat français, 139